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La collection d'hiver réalisée par les ateliers appartenant à la maison Chanel, synonymes d'excellence comme le brodeur Lesage ou le plumassier Lemarié, a été baptisée «new vintage»: «C'est du vintage pour plus tard», s'amuse Karl en coulisses, son éternel verre de coca light en cristal à la main.
«Du renouveau, de l'évocation, de la continuité et l'opposé de tout ça !», ajoute-t-il hilare, entre deux photos avec Laetitia Casta ou Anna Mouglalis («mais tu es devenue blonde!»).
Plus sérieusement, le couturier dit s'être inspiré de «vieux modèles» de Mlle Chanel: «J'ai repris l'esprit, l'attitude pour en faire quelque chose de contemporain. C'est déjà un peu l'avenir mais vous pouvez l'acheter avant que cela ne devienne "vintage"», plaisante-t-il encore.
«En mode, le futur c'est dans six mois et ensuite c'est déjà du "vintage"», répond-t-il, légèrement exaspéré, à un journaliste qui lui demande si la brillance cristalline de sa collection ne serait pas un peu «futuriste».
«C'est simplement une proposition de vêtements qui pourraient durer et plaire encore à l'avenir, pas une déclaration prétentieuse», rassure-t-il.
Alors que des critiques reprochent à la collection Dior, très attendue et présentée la veille, d'être justement trop «vintage», Karl, interrogé par l'AFP, estime certes qu'il «aurait fallu que cela incube un peu plus longtemps» mais défend le choix de Raf Simons comme nouveau couturier chez le concurrent: «C'était le meilleur possible, il n'y a personne d'autre».
Chanel avait investi l'ancien salon d'honneur de l'Exposition universelle, ses invités traversant l'immense verrière du Grand Palais avant de monter à l'étage. «Cette pièce n'avait pas servi depuis 1900», se réjouit le couturier féru d'histoire.
Dans ce décor peint en dégradés de gris, les spectateurs sont installés en petits groupes de quatre ou cinq fauteuils en rotin blanc, avec des arbustes, devant macarons et petits fours. «C'est agréable cette ambiance de ville d'eau, non ?», remarque Karl.
Le premier mannequin, l'androgyne Américaine Jamie Bochert, sort en tailleur jupe de faux tweed (des matières innovantes ultra-légères) en noir et rose, bas scintillants, annonçant le ton. Suivent d'amples manteaux en dégradés de ces deux couleurs, déclinées en différentes textures.
Des chemisiers vaporeux se terminent en franges de mousseline légères comme de la plume. Les tailleurs à brillance subtile jouent la dissociation: veste rose fraise et pantalon orangé.
Beaucoup de dos sont nus, pour ce couturier généralement réticent à dévoiler la peau de ses clientes: «Un beau dos ça peut plaire aussi, et puis c'est moins compromettant qu'un décolleté», explique-t-il à l'AFP.
Des manteaux irisés invraisemblables, mystérieux, laissent place à de nombreuses robes longues mais pas trop. «Ah non, je déteste, il ne faut pas qu'elles marchent sur leur robe», s'exclame Karl qui privilégie une coupe révélant la finesse des chevilles.
Le travail des ateliers, d'une délicatesse infinie, estomaque. Robes entièrement pailletées couleur de pluie ou brodées d'innombrables rubans de mousseline pâle, jusqu'à la mariée, tradition respectée de la haute couture, au boléro à col montant brodé de plumes comme l'intégralité de sa traîne.
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