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La liste de ses amoureux
est si longue qu’il s’en
trouve dont elle ne se rappelle
même plus le prénom — sinon
carrément l’existence.
Et ce n’est
pas parce qu’elle ne les a pas aimés
passionnément, ces hommes,
dont certains ont bien failli se
croiser dans le chambranle de la
porte de sa chambre!
Geneviève n’est pas la seule à
croire que sans amour, elle va s’éteindre.
L’amour est de ce fait si
précieux pour elle qu’elle ne peut
pas faire autrement que de payer
très cher de son bien-être pour
l’obtenir.
Pourtant, ce n’est pas que l’amour
manque autour d’elle: Geneviève
a trois ou quatre très bons amis,
une tonne de connaissances, des
parents qui l’adorent, un grand
frère toujours prêt à lui donner un
coup de main, en plus d’un chien
et d’un chat.
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Mais on dirait que,
pour elle, le seul amour qui vaut
la peine d’être appelé par ce nom
et vécu est celui tiré des contes de
fées ou des romans Harlequin:
l’amour avec un grand «D»,
pour « déception»…
Ainsi, la vie de Geneviève se compare aux Rocheuses: une
succession de pics.
Quand un homme rentre dans sa
vie, là voilà qui ressort de
ses cendres. Le changement est
radical: son teint s’illumine, le
timbre de sa voix devient pimpant,
elle sourit à tout et à tout le
monde. Nourrie par les petits
mots doux que son amoureux lui
susurre, elle est comme Jeanne
d'Arc qui mène à la victoire les
troupes françaises contre les Anglais.
Imaginez que l’affection d’un seul
homme parvient à chasser les
idées noires qui l’habitent autrement
en permanence, et à lui faire
croire que si elle est aimée, c’est
qu’elle est aimable et désirable!
Mais son bonheur — édulcoré —
ne dure jamais bien longtemps.
Très vite, l’angoisse de ne pas
être la hauteur reprend le dessus.
Dans ses moments de déprime,
Geneviève ne se gêne aucunement
pour balancer à qui
veut l’entendre qu’elle est une
femme banale, remplie de travers
et tourmentée par-dessus le marché.
Tôt ou tard, son amoureux la
démasquera. Et s’il ne le fait pas,
c’est qu’il est encore plus nul
qu’elle peut l’être, et qu’elle n’a
évidemment pas de temps à perdre
avec un homme qui n’a pas
plus de couilles qu’une autruche
n’a de cerveau.
La voilà maintenant, notre Geneviève,
qui met sa vie de côté pour
se consacrer ultimement à la recherche
de preuves de l’affection
de son homme, comme si elle se
sentait tout à coup menacée de
perdre l’unique source de son
bonheur de laquelle non moins
que sa survie dépend.
Les « m’aimes-tu pour de
vrai?» ponctuent désormais son
discours. Les pirouettes pour obtenir
encore plus de «preuves»
d’amour prolifèrent comme des
bactéries dans la relation, et quoi
encore? Un beau petit cocon d’amour
tissé trop serré, ça vous tenterait,
vous?
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