Avez-vous vu le film Twilight? Pensant que c’était un autre de ces films un peu «cucu», conçu par un logiciel hollywoodien qui préfabrique des scénarios comme d’autres pondent du traitement de texte, j’ai été totalement séduite par cette histoire d’amour impossible entre une humaine et un vampire. Un Roméo et Juliette version contemporaine, où souffrance et désir deviennent de superbes personnages qui subliment la notion d’amour. Ah! je ne me pouvais plus de soupirer devant Bella et Edward. Ce n’est que le lendemain que je me suis ressaisie. Si leur amour est si grandiose, c’est en partie dû à son fondement: il repose sur la douleur. Dans un poème, un film ou un roman, c’est très joli mais quand on recrée ça dans la vraie vie, ça tient-tu la route? Pourquoi associe-t-on souffrance à amour? Est-ce nécessaire d’avoir mal pour aimer?
La littérature, oui, celle-là même avec un grand L, et qui est étudiée dans toutes les universités du monde, abonde de chefs-d’œuvre où amour et souffrance sont inextricablement liés. Comme s’ils étaient les deux mamelles auxquelles s’abreuvait le noble sentiment, et sans qui la relation amoureuse ne pourrait éclore.
Roméo et Juliette, Paul et Virginie, Tristan et Yseult, Mme Bovary, L’Idiot, Le Rouge et le Noir, etc., la liste pourrait s’étirer et faire à elle seule l’objet de cette chronique. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse. Ce qu’on veut savoir, ici, c’est pourquoi percevons-nous que souffrance et amour font si bon ménage? Le mythe est vraiment tenace.
L’ombre de ta main, l’ombre de ton chien
Ben oui, tant qu’à y être: pourquoi ne pas devenir une moins que rien aux yeux de notre amoureux? Aaaah, c’est si romantique, hein? On se torture comme des Jeanne d’Arc, on ne dort plus, on ne mange plus, on ne travaille plus, on se métamorphose en zombie et pire, on se complait dans notre douleur. Et on accepte les pires situations – le mensonge, la manipulation, la trahison – au nom d’un amour qui est plus fort que nous. «Je l’aime tellement que je suis incapable de mettre un terme à notre liaison même si je sais qu’elle est nocive. Ceci prouve la véracité, l’authenticité de mes sentiments.» Voilà le raisonnement tout romanesque qui nous emporte.
Toutes, autant que nous sommes, avons déjà vécu une histoire semblable, et avons pris un malin plaisir à nous vautrer à pleines tripes dans notre malheur amoureux. Persuadées de nos sentiments pour l’autre, et de leur réciprocité, on jouissait de notre douleur sentimentale.
On carbure tellement à cette souffrance qu’on se crée des
playlists de tounes sirupeuses à mort: «Je suis malaaaaade-eeeeh, complètement malaaaaaaade-ee… et j’ai le cœur complèetement malaaaaaade… Je suis un saule inconsolaaaaaa-ble, le plus désemparé des arbres, mais qu’est-ce que ça peut me faire, l’amour, la guerre, je t’aime, je t’aiiiiime-eeeh!»
Alors, voilà, nous sommes toutes des Bella: une jeune femme naïve abritant un volcan de désir pour un gars que l’on sait pertinemment être un mauvais parti. Et on court et on se jette tête première - et heureuse! - dans la fosse au romantisme. Prête à se faire dévorer le cœur au nom de l’Amour. Mais est-ce de l’amour? (Ce que je peux honnêtement répondre, c’est que ça donne un très bon film, très enivrant. Mais
What’s love got to do with it?)
Page 1. Aimer sans souffrir: Twilight zone?
Page 2. Sommes-nous maso?