|
Fatiguée, le corps en compote, elle reçoit
maintenant des hommes et des
femmes au téléphone. Une de ses amies
françaises faisait dans le téléphone rose à
Paris et l’a convaincue d’en faire l’expérience.
Comment ça fonctionne? Qui sont
ceux et celles qui ont recours à ces services? Comment se passent les journées
de Térésa depuis qu’elle pratique son
nouveau métier?
L’offre et la demande
Les travailleurs et travailleuses du
sexe pratiquent depuis certainement la
nuit des temps. Chaque époque nous révèle
des histoires: certaines sont de mauvais
goût, d’autres sont tordues et nombreuses
sont celles qui sont déchirantes.
|
La sexualité pour la plupart d’entre eux
est devenue du sexe pur et dur. Pas de place
pour les émotions, pas de place pour
les sensations et, surtout, pas de place
pour la vie.
Je suis thérapeute depuis déjà près de
15 ans et j’ai rencontré plus de souffrance
qu’il n’en faut pour
faire des textes et
remplir votre Journal
jusqu’à la semaine
prochaine
seulement de ces
témoignages. Mais
je ne pratiquerais
pas cette profession
si, en échange,
je n’obtenais pas
gain de cause.
Nous remportons
nos batailles, dans
la majorité des cas.
Et fort heureusement.
Mais toutes
les conclusions ne
sont pas agréables car toutes les histoires
ne sont pas écrites pour bien se terminer.
Un jour j’ai rencontré brièvement (seulement
trois rencontres thérapeutiques)
Victoria (prénom fictif), une prostituée.
Sa détresse était infinie et j’avais choisi
de travailler en collaboration avec un
psychiatre.
Le corps, la voix versus l'âme
Mais elle a décroché et a laissé tomber
sa thérapie: trop de choses à remuer, trop
de choses à changer. Elle m’avait dit un
jour: «Tant qu’il y aura de la demande,
je devrai fournir. Même si je suis malade
(hépatite), je dois continuer. J’ai l’impression
que je suis prise au piège de ma
propre vie. Mes parents sont morts et je
suis sûre que c’est à cause de moi. Ils
sont morts d’inquiétude. Mais quand tu
te retrouves dans ce milieu-là, ils te prennent
en charge et tu deviens vite dépendante.
Alors que je file ou que je file pas,
je dois fournir».
C’est de cette vie que Térésa tente de se
défaire. Elle croyait qu’en faisant des appels
érotiques elle se sentirait mieux et
moins comme une prostituée.
Les clients veulent un corps, un corps
jeune et beau. Ils en veulent pour leur argent.
Et parce qu’ils paient, ils veulent
faire tout ce à quoi ils fantasment.
Pierre
(prénom fictif) s’offre les services de
prostituées depuis 13 ans. Il est marié et
père de trois enfants. Mais depuis qu’il a
attrapé une gonorrhée l’an passé, il a
choisi de faire affaire avec les lignes érotiques.
Plus sûres, selon lui.
«C’est sûr
que j’ai besoin d’un corps chaud, mais je
te jure que j’ai eu la chienne quand j’ai
pogné cette maladie-là. Une chance que
ma femme n’a rien eu. Mais on ne baise
presque plus ensemble. Je pense que c’est
pour ça que j’ai besoin de sexe. En tout
cas, là je le fais au téléphone et j’aime ça
quand même.
Je ne suis pas un très bon
parleur, mais je lui dis des cochonneries,
ça m’excite et je viens. Ça dure en moyenne
dix minutes. J’ai pas besoin de plus
dans le fond. Ça m’arrange, j’ai pas besoin
de la voir. Parce qu’elles sont pas
toutes belles tu sais. Des fois les annonces
qu’on voit sur Internet et la vraie fille,
c’est bien différent.»
Faire semblant
Térésa vend sa voix. Son corps est fatigué
et son âme sur la braise. «Je ne me
suis jamais sentie aussi sale de toute ma
vie. Je suis rendue au bout du rouleau.
Mais
the show must go on. J’ai des factures
à payer, des comptes à rendre et une
fille à élever.
Je sais que ma fille commence
à comprendre des choses, mais elle est
jeune encore. Je donnerais ma vie pour
pas qu’elle fasse comme moi. Mais on dirait
que c’est dessiné dans le ciel. Alors je
crie des Oh! et des Ah! et je fais semblant
d’être une nymphomane qui en
veut toujours plus. Mais au fond, je suis
morte.» Il y a quelqu’un au bout du fil?