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Votre vie vos amours - Les téléphones roses
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Votre vie vos amours

Les téléphones roses

Térésa (prénom fictif) se prostitue depuis six ans. Avant de travailler dans la rue elle dansait dans un bar en région. Et avant ça, elle «servait» (c’est son expression à elle, qui m’a donné des frissons dans le dos) à assouvir les besoins sexuels de son beau-père. Elle a 29 ans.
Par Julie Pelletier - Collaboration spéciale
Parution
1 mars 2009
Pub.
Fatiguée, le corps en compote, elle reçoit maintenant des hommes et des femmes au téléphone. Une de ses amies françaises faisait dans le téléphone rose à Paris et l’a convaincue d’en faire l’expérience. Comment ça fonctionne? Qui sont ceux et celles qui ont recours à ces services? Comment se passent les journées de Térésa depuis qu’elle pratique son nouveau métier?


L’offre et la demande


Les travailleurs et travailleuses du sexe pratiquent depuis certainement la nuit des temps. Chaque époque nous révèle des histoires: certaines sont de mauvais goût, d’autres sont tordues et nombreuses sont celles qui sont déchirantes.


La sexualité pour la plupart d’entre eux est devenue du sexe pur et dur. Pas de place pour les émotions, pas de place pour les sensations et, surtout, pas de place pour la vie.

Je suis thérapeute depuis déjà près de 15 ans et j’ai rencontré plus de souffrance qu’il n’en faut pour faire des textes et remplir votre Journal jusqu’à la semaine prochaine seulement de ces témoignages. Mais je ne pratiquerais pas cette profession si, en échange, je n’obtenais pas gain de cause.

Nous remportons nos batailles, dans la majorité des cas. Et fort heureusement. Mais toutes les conclusions ne sont pas agréables car toutes les histoires ne sont pas écrites pour bien se terminer.

Un jour j’ai rencontré brièvement (seulement trois rencontres thérapeutiques) Victoria (prénom fictif), une prostituée. Sa détresse était infinie et j’avais choisi de travailler en collaboration avec un psychiatre.


Le corps, la voix versus l'âme


Mais elle a décroché et a laissé tomber sa thérapie: trop de choses à remuer, trop de choses à changer. Elle m’avait dit un jour: «Tant qu’il y aura de la demande, je devrai fournir. Même si je suis malade (hépatite), je dois continuer. J’ai l’impression que je suis prise au piège de ma propre vie. Mes parents sont morts et je suis sûre que c’est à cause de moi. Ils sont morts d’inquiétude. Mais quand tu te retrouves dans ce milieu-là, ils te prennent en charge et tu deviens vite dépendante. Alors que je file ou que je file pas, je dois fournir».

C’est de cette vie que Térésa tente de se défaire. Elle croyait qu’en faisant des appels érotiques elle se sentirait mieux et moins comme une prostituée.

Les clients veulent un corps, un corps jeune et beau. Ils en veulent pour leur argent. Et parce qu’ils paient, ils veulent faire tout ce à quoi ils fantasment.

Pierre (prénom fictif) s’offre les services de prostituées depuis 13 ans. Il est marié et père de trois enfants. Mais depuis qu’il a attrapé une gonorrhée l’an passé, il a choisi de faire affaire avec les lignes érotiques. Plus sûres, selon lui.

«C’est sûr que j’ai besoin d’un corps chaud, mais je te jure que j’ai eu la chienne quand j’ai pogné cette maladie-là. Une chance que ma femme n’a rien eu. Mais on ne baise presque plus ensemble. Je pense que c’est pour ça que j’ai besoin de sexe. En tout cas, là je le fais au téléphone et j’aime ça quand même.

Je ne suis pas un très bon parleur, mais je lui dis des cochonneries, ça m’excite et je viens. Ça dure en moyenne dix minutes. J’ai pas besoin de plus dans le fond. Ça m’arrange, j’ai pas besoin de la voir. Parce qu’elles sont pas toutes belles tu sais. Des fois les annonces qu’on voit sur Internet et la vraie fille, c’est bien différent.»


Faire semblant


Térésa vend sa voix. Son corps est fatigué et son âme sur la braise. «Je ne me suis jamais sentie aussi sale de toute ma vie. Je suis rendue au bout du rouleau. Mais the show must go on. J’ai des factures à payer, des comptes à rendre et une fille à élever.

Je sais que ma fille commence à comprendre des choses, mais elle est jeune encore. Je donnerais ma vie pour pas qu’elle fasse comme moi. Mais on dirait que c’est dessiné dans le ciel. Alors je crie des Oh! et des Ah! et je fais semblant d’être une nymphomane qui en veut toujours plus. Mais au fond, je suis morte.» Il y a quelqu’un au bout du fil?


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