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Inutile de fantasmer sur les déhanchements des belles
danseuses dans les films de Bollywood, tout cela n’est
que du cinéma. L’Inde est devenue un pays ultraconservateur
où la sexualité n’est pas aussi libre qu’on pourrait le
penser. Selon Sudhir Kakar, psychanalyste spécialisé dans les problèmes
de sexualité: «La société indienne considère qu'il est strictement
interdit d'avoir des relations sexuelles avant le mariage, mais
cet interdit vaut plus pour les femmes que pour les hommes. On estime
à 25 % le pourcentage d'hommes qui n'attendent pas le
mariage pour avoir des relations sexuelles, et à seulement 10 %
celui des femmes.» |
Prudeur excessive
En fait, le seul point sur lequel les Indiens d’aujourd’hui rejoignent
la vision de leurs ancêtres, c’est sur la pudeur. Une fois
marié, on peut quasiment tout faire avec sa ou son partenaire,
tant que tout cela reste dans la chambre à coucher, à l’abri du regard
des autres. Ainsi, il est encore très mal vu pour un couple
de s’embrasser en public, encore moins de se toucher. Les caresses
en public sont réservées à l’amitié: «Quand on voit deux
hommes se tenir par la main, c’est un signe d'amitié, d'affection,
jamais un signe d'homosexualité. Pourtant, le même geste est impossible entre les deux sexes.
Les Indiens, eux, se demanderaient pourquoi, en Amérique,
hommes et femmes se tiennent publiquement par la main».
Virginité
La conception du couple, de la sexualité et de l’amour est très différente
en Inde. Il faut ainsi savoir que 80 % des jeunes préfèrent
les mariages arrangés aux mariages d'amour. Sudhir Kakar en tire
une explication assez incroyable. «En Inde, ce qui tient la famille, ce
n'est pas le couple, mais la cohabitation des parents et des fils. La
relation du couple est même souvent vue comme gênante, car elle
est perçue comme un lien d'ordre sexuel: ce lien n'aide pas le mari
à être un bon frère ou un bon fils. L'amour est donc un élément perturbateur.
» Ce qui explique peut-être que c’est en Inde où l’on perd
sa virginité le plus tardivement, en moyenne vers 20 ans!
Tantra et sida
Bien entendu, la sexualité des Indiens s’inspire quand même des
traditions ancestrales comme le tantra. L’orgasme n'est alors pas le
but des rapports sexuels; l'échange, l'union physique et spirituelle
conduisent davantage à l’extase. Oubliez le missionnaire: la position
préférée serait en fait de faire l’amour assis. La femme, cuisses ouvertes,
s’installe sur les genoux de l'homme assis. Les amants accordent
leur respiration et s'étreignent lentement pour laisser
circuler la shakti, l'énergie d'amour.
Cette dernière forme de sexualité n’est pas forcément très répandue
chez les jeunes Indiens. Pourtant, elle est de plus en plus préconisée
comme un éveil à la sexualité et, surtout, comme un
système de protection face à l’épidémie du sida. L’Inde est le pays
où le nombre de personnes infectées par le VIH est le plus élevé au
monde. Le problème est très préoccupant pour le gouvernement,
comme pour tous les parents d’ados. Étonnant pour un pays qui se
targue d’avoir des moeurs sexuelles correctes...