Le changement climatique va redessiner la carte mondiale des vins

Le changement climatique va redessiner la carte mondiale des vins

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Agence France Presse

Dernière mise à jour: 05-04-2013 | 09h15

Peut-être pas, pour les experts en œnologie et climatologie, qui voient le changement climatique en cours redessiner la carte mondiale des vignobles.

Alors que des territoires nouveaux vont pouvoir accueillir des vignobles, les régions viticoles traditionnelles sont sous la menace de l'augmentation des températures et des sécheresses prolongées.

«Certains sont alarmistes, moi je préfère être dans le camp des optimistes», tempère Fernando Zamora, chercheur en œnologie et professeur à l'université espagnole Rovira i Virgili de Tarragone.

«Je ne doute pas qu'il y aura toujours des vignobles dans les régions traditionnelles, mais il faut qu'elles réfléchissent à de nouvelles stratégies, souligne le chercheur. En Allemagne on commence à faire des vins élégants dans des endroits où par le passé cela était excessivement difficile et au Danemark on commence déjà à produire du vin»

La Tasmanie, certaines régions de Nouvelle-Zélande, le sud du Chili, l'Ontario et d'autres régions du Canada ainsi que l'Angleterre, la Moselle (France) et la région du Rhin en Allemagne sont quelques uns des territoires qui pourraient tirer profit du changement climatique.

«Est-ce-que les régions viticoles actuelles pourront continuer à faire pousser les mêmes variétés de raisin et faire les mêmes styles de vins? Si ce que nous savons aujourd'hui est exact, il y a fortement à en douter», renchérit Gregory Jones, professeur d'œnologie à l'université de Southern Oregon (Canada).

M. Zamora et M. Jones sont membres d'un programme international sur le changement climatique dans les forêts et l'agriculture (ACCAF) piloté par l'INRA, l'institut national de recherche agronomique (INRA).

Les climatologues travaillant avec l'industrie du vin prédisent que les températures vont augmenter de deux degrés Celsius d'ici 2050. Il y aura aussi plus de phénomènes climatiques extrêmes.

Or, le stress hydrique, les changements brutaux de températures, les averses inopportunes et le gel sont quelques unes des variables ayant un profond impact sur l'équilibre des sucres et de l'acidité, la maturité des tanins et la palette des arômes du vin.

Ainsi, certains vins blancs, autrefois renommés comme vifs et délicats, deviennent plus gras avec des notes florales, de même que les vins rouges de structure moyenne se sont transformés en bombes fruitées, riches et concentrées.

«En Alsace (nord-est de la France), le changement climatique est déjà un problème car il transforme le profil aromatique et l'équilibre des sucres et des acidités», dit Jean-Marc Touzard, coordinateur de l'ACCAF. Reste à savoir si le consommateur appréciera.

À l'inverse dans le Beaujolais (sud-est de la France), un climat plus chaud augmente la qualité du vin alors que les vignerons étaient autrefois contraints d'ajouter du sucre pour soutenir les niveaux d'alcool dans ses vins rouges de table.

«En 2003, lors de la canicule, nos vins ressemblaient à des Côtes du Rhône», reconnaît le délégué général de l'interprofession du Beaujolais, Jean Bourjade.

Dans le Languedoc, un temps plus chaud et plus sec produit des vins plus robustes avec une teneur en alcool plus élevée. «Les vignerons ont déjà commencé à s'adapter en plantant des vignes plus en altitude et sur des sols différents», indique M. Touzard.

Une autre solution est de changer de variété de raisin en se tournant vers des variétés indigènes adaptées à des climats chauds tels la Sicile, la Grèce, l'Espagne ou le Portugal.

Selon M. Jones, «il existe pour le seul Portugal de 100 à 150 variétés indigènes dont nous ne connaissons rien encore».

«Celles les plus au sud, dans des endroits véritablement très chauds, possèdent un potentiel génétique pouvant résoudre à l'avenir les problèmes de tolérance à la chaleur», avance-t-il.

 

 


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