Unis contre le vol de «diamants noirs»

Unis contre le vol de «diamants noirs»

Photo: Archives/AFP 

Murielle Kasprzak

Dernière mise à jour: 20-11-2012 | 08h09

«On nous vole tout, les plants, les truffes et les chiens», se désole un rabassier, comme on les appelle en Provence, qui préfère garder l'anonymat. Il estime à 20% la part de sa production qui lui a été dérobée l'an dernier.

«Il y a des gens qui en ont fait quasiment leur métier, pour d'autres c'est du chapardage», confirme Patrice Goavec, président du syndicat des trufficulteurs de Vaucluse.

À Grignan (Drôme), un agriculteur a mortellement blessé avec un fusil un homme qu'il avait surpris dans sa truffière, en décembre 2010. Un drame révélateur des tensions exacerbées suscitées par des vols à répétition du précieux champignon prisé des gourmets et dont le cours varie entre 300 et 1000 euros le kilo.

«Nous nous sommes aperçus que les propriétaires étaient prêts à tuer pour protéger leur production», explique l'officier adjoint en charge du renseignement à la gendarmerie de Vaucluse, le commandant Jean Chataigner.

Les trufficulteurs ont alors accepté de rompre avec la discrétion qui les caractérise et de collaborer avec la gendarmerie pour l'élaboration d'un plan d'actions et de prévention.

Un dispositif de surveillance prévoit des patrouilles de gendarmes aux abords des truffières, parfois avec l'appui d'un hélicoptère équipé d'une caméra thermique, et des contrôles routiers ciblés.

Les forces de l'ordre sont également présentes, en tenue ou en civil, lors des marchés de Carpentras et Richerenches où se négocient entre 60 et 85% de la production nationale.

Acheteurs et revendeurs y sont sensibilisés aux risques de soustraction de marchandise ou d'argent à l'issue des marchés, les transactions étant réalisées exclusivement en numéraire.

Trufficulteur en planque

De son côté, le syndicat des trufficulteurs encourage l'équipement des parcelles en matériel de détection et a réintroduit le garde messier, chargé dans la tradition paysanne de surveiller champs et récoltes.

Assermenté, non armé, le garde messier effectue des rondes en lien constant avec la gendarmerie. Le Vaucluse en compte actuellement neuf; le président du syndicat espère en installer une trentaine.

«C'est un dispositif cohérent qui nous permet d'obtenir des résultats satisfaisants», se réjouit le commandant Chataigner.

Les vols ont par exemple été divisés par trois dans l'enclave des papes, au nord du département. Dans ce haut lieu de la «tuber melanosporum», une alerte par SMS est diffusée à l'ensemble des propriétaires truffiers en cas de véhicules ou d'individus suspects.

Joël Gravier, producteur à Pernes-les-Fontaines, a choisi de privilégier la vente directe et de «court-circuiter les marchés, pour ne pas (s'y) faire repérer par les braconniers».

Mais certains n'ont pas pour autant renoncé à l'auto-défense.

«Je fais la surveillance avec une arme», reconnaît un trufficulteur. Il avoue des tirs d'effarouchement lors de «planques» nocturnes quotidiennes sur sa truffière. Il n'est pas rare, selon lui, que les récoltants soient également l'objet de représailles des malfaiteurs mis en fuite.

Malgré la pression des vols, il n'envisage pas pour autant d'abandonner la culture de ce diamant noir.

«Nous les hommes, on est toujours à la recherche du trésor. La truffe, c'est un trésor», raconte-t-il, avant de concéder que l'investissement financier est «colossal».

«Il y a trop d'argent en jeu», soupire-t-il.


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