Le boeuf uruguayen suivi à la trace

Le boeuf uruguayen suivi à la trace

Le système de traçabilité uruguayen, le seul au monde à pister électroniquement chaque bovin, a permis aux producteurs locaux de se placer sur des marchés mondiaux exigeants.|Photo: AFP 

Dernière mise à jour: 14-11-2012 | 13h37

Ce suivi draconien est devenu au fil des ans un formidable outil marketing au service de l'excellente réputation de la viande de bœuf en provenance de ce petit pays sud-américain de 3,3 millions d'habitants, qui abrite 11 millions de têtes de bétail.

«Il y a 20 ans, nous éprouvions des difficultés à gérer ce secteur, en particulier vis à vis de l'évasion fiscale». Donc «nous avons inventé un système supérieur au papier, un vaste système connectant l'industrie frigorifique aux campagnes pour une traçabilité globale», explique à l'AFP Fernando Perez, vice-président de l'Institut nationale des viandes (INAC).

Ce système, contrôlé par une agence publique, identifie 100% du cheptel bovin avec un numéro et une puce électronique fixées sur les oreilles de l'animal dès sa naissance.

S'il s'est heurté à quelques résistances à ses débuts, le système est devenu obligatoire pour la viande bovine en 2006 puis pour toutes les viandes l'année dernière.

Le cycle prend fin au moment de l'abattage. Un minutieux processus permet que l'information relative à chaque animal accompagne chaque morceau découpé acheté par les consommateurs et restaurateurs du monde entier.

«La traçabilité, d'un point de vue marketing (...) est un plus», considère M. Perez, qui précise que chaque client peut exiger de connaître le parcours de l'animal dont il vient d'acheter un morceau.

Pour Maria Nela Gonzalez, directrice du Système national d'information sur le bétail d'Uruguay, la traçabilité assure au pays «une place permanente sur le marché et l'accès aux marchés les plus exigeants», notamment en Europe.

En août 2011, l'Uruguay est devenu le cinquième pays à bénéficier d'un quota d'exportation en franchise de droits de la part de l'UE pour 20 000 tonnes de bœuf de qualité supérieure. Depuis la limitation de l'accès au marché de l'UE des exportations de bœuf brésilien pour des raisons sanitaires en 2008, l'Uruguay est devenu le deuxième plus gros exportateur de bœuf vers l'UE, suivi de près par l'Argentine, selon le Centre technique de coopération agricole et rurale ACP-UE.

Ce contexte, conjugué à la hausse des prix de la viande sur les marchés internationaux, a permis à l'Uruguay de battre en 2011 son record de ventes de bovins à l'étranger, établi à 1,34 milliard de dollars pour près de 227 000 tonnes.

L'étroitesse relative du territoire uruguayen (176.215 km2), a facilité la tâche des autorités au moment d'imposer le système.

«C'est une chose que tous les pays ne peuvent pas faire parce que cela dépend beaucoup de la configuration du territoire national, notamment des distances», explique M. Perez. Les courtes distances permettent en effet un suivi complet en matière de traçabilité, de fiscalité, mais aussi au niveau sanitaire.

«Cela permet aux autorités sanitaires de mener en temps réel contrôles et veille épidémiologique», souligne M. Gonzalez. Ces contrôles permettent de limiter les risques d'épizooties de fièvre aphteuse, contrairement par exemple au Paraguay voisin, touché en mars dernier.

«L'Uruguay bénéficie de l'importance du bétail dans le pays», la viande «y est le principal poste d'exportation et représente 10% du PIB», selon M. Perez.

Pour cela, «il nous est impératif» de maintenir l'excellence de notre viande et des contrôles fiscaux, conclut-il.


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