Les Indiens d'Amérique se lancent dans le vin

Les Indiens d'Amérique se lancent dans le vin

© AFP photo / Laurence Vu The - Le chef Clarence Louie. 

Par Laurent Vu The

Dernière mise à jour: 19-08-2011 | 11h46

Sur les rives du lac Osoyoos, presque à la frontière de l'Etat de Washington, la terre est aride, le soleil tape et les nuits sont fraîches: un climat idéal pour la viticulture. C’est sur les flancs de coteau de cette «Napa Valley» canadienne que les Osoyoos cultivent les cépages de riesling, de pinot noir et de cabernet depuis plus de 40 ans.

Les Indiens de cette réserve ne connaissent pas le chômage et l’assistanat, contrairement aux clichés qui collent à la peau des autochtones canadiens. Leur vignoble réputé est devenu l’un des premiers employeurs de la région. Ils gèrent en outre un complexe hôtelier, un golf et distribuent des dividendes aux membres de la tribu.

Quinze pour cent des raisins produits en Colombie-Britannique proviennent de leurs terres. Mais la tribu tire sa plus grande fierté de son cellier Nk’Mip, l’unique exploitation vinicole d’Amérique du Nord gérée par des Amérindiens.

Justin Hall est assistant vigneron au cellier depuis 2004, et il est en passe de devenir le premier vigneron de la tribu. «Ma première préoccupation, c’est avant tout de devenir vigneron, mais être l’un des premiers vignerons autochtones, sinon le premier d’Amérique du Nord, c’est plus motivant», explique Justin, conscient d’être «un grand facteur de fierté pour la tribu».

Du travail pour tout le monde

Les Indiens Osoyoos sont dans l’industrie de la viticulture depuis 1968. Comme la plupart des propriétaires de vignobles, ils rêvaient de passer à l’étape supérieure: posséder leur propre domaine.

En 2002, c'est formellement chose faite. Cependant, lors de la création du chai Nk'Mip, les Osoyoos n’ont pas l’expertise nécessaire pour produire leur propre vin. Ils s’allient donc au géant du marché, le producteur vinicole canadien Vincor international (la tribu est actionnaire majoritaire du cellier à 51%), et embauchent l’oenologue canadien Randy Picton.

Complexe hôtelier 4 étoiles

«Le conseil de la tribu des Osoyoos (qui gère les affaires locales, NDLR) voulait que je finisse par devenir vigneron, et que je sois capable de diriger notre entreprise», se souvient l’assistant vigneron.

Et le concept du cellier amérindien est une affaire qui roule. En 2010, 216 000 bouteilles ont été vendues au prix moyen de 17 dollars canadiens, et 79 000 touristes ont visité le cellier.

À l’origine de l'idée, le conseil de tribu et son chef Clarence Louie, un homme d’affaires visionnaire. Leur objectif: donner du travail à toute la tribu.

«Le conseil d’Osoyoos est fait d'Amérindiens, donc, dans un sens, il est unique. Alors nous mettons en avant ce qui nous singularise. Notre héritage et notre culture doivent faire partie de tous nos projets», explique Clarence Louie.

Et pour attirer plus de touristes, le chef ne s’arrête pas là. Le label Nk’Mip (qui signifie en langue Okanagan «où le ruisseau rejoint le lac»), c’est aussi un complexe hôtelier 4 étoiles, un centre culturel flambant neuf, un golf...

Dès son arrivée dans le complexe hôtelier, le touriste ne s’y trompe pas, il est en terre amérindienne. De la sculpture du guerrier chevauchant un mustang à la pirogue ornementale dans la cave, en passant par un hôtel aux allures d’hacienda, tout est fait pour lui rappeler la culture locale.

Sur la réserve d’Osoyoos, le chômage est presque inexistant. Toutes entreprises confondues, le conseil de tribu fournit du travail à environ 2000 personnes pendant la haute saison touristique, les 430 membres de la tribu inclus.

Avec un chiffre d’affaires annuel de 20 millions de dollars canadiens, le conseil de tribu Osoyoos peut non seulement gérer les frais de sécurité sociale de ses membres et la scolarité de leurs enfants, mais aussi verser à chacun d'entre eux des dividendes sur le revenu net que génèrent leurs différentes activités.

Mais, Justin, lui, se concentre sur son rêve: la première cuvée portant son nom sortira des fûts de chêne d'Nk'Mip l’année prochaine.


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