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Le retour de deux grandes dames
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Le retour de deux grandes dames

Certaines créations s’avèrent quelquefois être des grandes bières, nourrissant la nostalgie des papilles des amateurs avertis. Deux de ces grandes inventions sont revenues courtiser notre palais.
Par Mario D'Eer - Collaboration spéciale
Parution
Mars 2011

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Dans ce merveilleux monde de la créativité brassicole, nous avons assisté à la naissance de plusieurs centaines de bières différentes depuis plus de 20 ans. L’imagination des nouveaux maîtres- brasseur a conduit au développement de styles originaux. Souvent, ils produisent des recettes pour célébrer une saison ou un anniversaire. Ces décoctions s’assèchent ensuite dans la mémoire de nos bons souvenirs. Certaines créations s’avèrent quelquefois être des grandes bières, nourrissant la nostalgie des papilles des amateurs avertis. Deux de ces grandes inventions sont revenues courtiser notre palais: la Canon des Brasseurs R.J. et la Terrible d’Unibroue.

La Canon est l’une des rares grandes bières issues de la fermentation à froid, aussi connu par son sobriquet de «lager». Elle nous propose des notes de caramel bonbon et de sucre d’orge, le tout enrobé dans un écrin d’alcool. Elle conclut avec un arrière- goût d’une amertume florale timide, remplacée par la douceur de ses malts au fil de son évanouissement dans notre intimité.

D’abord commercialisée comme «bière de garde», elle est maintenant présentée sous son appellation allemande doppelbock. Ce style, plus fort en alcool, a été développé par des moines de Munich pour passer au travers du carême! Elle compensait pour les carences occasionnées par l’absence d’aliments solides. Vous déduirez qu’elle avait également le pouvoir de favoriser une communication plus efficace avec les êtres supérieurs. En cette période de questionnement sur la présence des crucifix dans nos lieux civiques, voici une alternative pétillante à la prière du maire Tremblay!

La Terrible est une interprétation libre du style quadruple, une famille aux contours flous. Elle fut brassée exclusivement pour la SAQ en 2002. Elle quitta ses tablettes pour aller courtiser les papilles américaines. Elle faisait ensuite des apparitions furtives dans certains festivals. Voilà une marque convoitée. Unibroue gère efficacement son offre afin de maintenir la rareté du produit. La maison de transformation de l’eau de Chambly vient de récidiver avec un brassin original. Celui-ci est habillé d’une robe noire et titre 10,5 % alc/vol. Il se distingue par une fine complexité fruitée, tissée d’une soie anisée. Malgré sa grande qualité, je ne crois pas que la recette soit identique à l’originale. On dirait une Trois-Pistoles ficelée de subtilités épicées. En comparant l’une avec l’autre, je préfère la marque qui honore les anciennes pièces de monnaie du XVIe siècle.

La maison affirme qu’elle possède un potentiel de vieillissement de cinq ans. Il importe de souligner que le vieillissement de la bière n’a pas la même signification que dans le monde du vin. Il s’agit d’une madérisation et non d’une bonification. La bière perd sa personnalité pour en adopter une nouvelle. Et dans le cas de cette bière, mon expérience me montre qu’elle peut facilement reposer une dizaine d’années à l’ombre de nos papilles. On nous la propose avec un (merveilleux) chocolat de la maison Erico. Les premières caresses du couple font d’abord jaillir des notes de café. On perd ensuite le sucré des deux tourtereaux, et seule l’amertume reste. Deux grandes personnalités séduisantes, mais qui, ensemble, mordent la langue.

MicasaCanoë VoyagesLifewise
16 mai 2012

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