Bientôt un fromage au lait humain?

Fromage - Bientôt un fromage au lait humain?

 

Étienne Laberge

Dernière mise à jour: 21-01-2011 | 10h38

Pour une chercheuse de l’Université de New York, Miriam Simmun, il ne fait aucun doute que le lait maternel a toutes les qualités d’un aliment sain. C’est pourquoi elle a récemment créé trois variétés de fromage à base de ce lait: le Wisconsin Bang, le City Funk et le Sweet Airy Equity.

Si ce projet s’inscrit dans un but purement scientifique, il est permis de se demander si les consommateurs québécois pourraient un jour craquer pour ce produit chez leur fromager.

Chose certaine, la loi serait le premier obstacle à surmonter pour une éventuelle mise sur le marché de ces fromages, puisque le lait humain n’est pas considéré comme du lait.

«Selon l’article 11.1.1 de la Loi sur les produits alimentaires, le lait est une sécrétion lactée produite par les glandes mammaires d’un animal domestique telles qu’une vache, une chèvre ou une brebis», a expliqué Clément Falardeau, relationniste au ministère de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation du Québec.

La production d’un tel aliment soulève aussi bien des questions d’ordre éthique que pratique, sans parler des risques éventuels sur la santé.

Questions multiples

Est-il moralement acceptable de croquer dans un fromage à base de lait maternel? Pour la chaire de recherche industrielle sur le fromage de l’Université Laval, la réponse est simple: «Ce n’est pas parce que c’est nutritif qu’on doit le faire. Si on ne permet pas de vendre du lait humain, je ne vois pas pourquoi on permettrait la vente de son produit dérivé.»

Quant aux vertus nutritives de ce fromage, les études sur l’assimilation du lait maternel par les adultes ne foisonnent pas. «On ne sait pas si le lait aurait les mêmes bienfaits sur les adultes que sur les nouveaux nés, a expliqué Nathalie Jobin, nutritionniste au Centre de référence sur la nutrition humaine de l’Université de Montréal. Un adulte n’a pas les mêmes besoins qu’un nourrisson. On n’a pas beaucoup de données là-dessus.»

Enfin, d’autres voient dans la consommation d’un tel fromage un produit «exotique» difficilement exploitable. Considérant que pour faire 1 kg de fromage, il faut 10 kg de lait, la production en série d’un tel du fromage serait compliquée.

«Avant même le problème de la moralité, j’y vois surtout un problème majeur du point de vue de la quantité. Il n’y aura jamais suffisamment de lait pour assurer une production», a estimé Gaétan Bélanger, du Centre de recherche en développement alimentaire, à Saint-Hyacinthe.


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