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Comme tous les ans depuis 1985, le coup d'envoi de la campagne du beaujolais nouveau est donné le 3e jeudi de novembre. Décalage horaire oblige, ce sont les Japonais, principaux consommateurs étrangers, qui mettront en perce les premiers tonneaux. À Beaujeu, au coeur du Beaujolais, comme dans toute la France, il faudra attendre 00H01 dans la nuit de mercredi à jeudi.
«Nous étions le seul vignoble au monde à essayer de promouvoir sa production avec un vin d'entrée de gamme», résume Dominique Capart, président de l'Interbeaujolais, organisme regroupant producteurs et négociants.
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Mais la profession se trouve dans une situation paradoxale: faire évoluer l'image d'un vignoble associé à une production perçue comme peu qualitative, sans perdre un marché qui représente un débouché considérable (40 millions de flacons, soit un tiers de la production de beaujolais), notamment à l'export (environ 15 millions de bouteilles).
Surproduction, qualité dégradée, évolution de la demande, concurrence d'autres primeurs: le secteur traverse une crise. «Tous les prix avaient diminué, l'effet beaujolais nouveau n'était pas très valorisant pour les appellations de vins de garde», raconte Dominique Capart.
Pour lui, la primeur «ne peut plus être l'étendard d'une production». C'est ainsi que «depuis deux ou trois ans», l'interprofession «réoriente ses campagnes de communication sur les vins de garde», explique-t-il.
Selon Daniel Bulliat, vice-président de l'Organisme de défense et de gestion beaujolais-beaujolais villages, qui exploite 25 hectares de vignes à Beaujeu, l'image du beaujolais nouveau - un tiers de ses revenus - brouille effectivement la perception du grand public: «Comment expliquer aux consommateurs qu'on peut vendre un vin jeune mais aussi des vins de garde derrière?»
Ce vignoble, qui compte environ 3 000 exploitations, se compose des appellations beaujolais et beaujolais-villages, vendus pour leur majorité en vins primeurs, mais aussi de dix crus: brouilly, chénas, chiroubles, côtes-de-brouilly, fleurie, juliénas, morgon, moulin à vent, régnié et saint-amour.
Il n'est toutefois pas question de se priver d'un marché qui retrouve des couleurs. La solution? «Adapter la production», estime Daniel Bulliat, qui se félicite d'une baisse de la production et d'une remontée des cours.
«Il y a avait trop de vignes et trop de vin», juge-t-il, se réjouissant de ce que la production de primeur soit redescendue à environ 300 000 hectolitres/an (contre pas loin de 500 000 il y a dix ans).
D'ailleurs, «on a fait une très belle campagne, les cours sont remontés à 165-180 euros l'hectolitre contre 150-170 l'année dernière», renchérit Dominique Capart.
Mais les années fastes sont révolues. «Il y 25 ans, on consommait le beaujolais nouveau sur six mois. Aujourd'hui, c'est sur trois jours», selon M. Bulliat.
Pour le président de l'Interbeaujolais, s'il n'est pas question de renier un vin «festif» qui a fait la notoriété mondiale du vignoble, il est temps désormais de faire des vins de qualité «la locomotive» du secteur.