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L’emploi des fruits dans le brassage remonte
à la nuit des temps. Ils servaient
surtout à masquer les saveurs vinaigrées
qui se développaient régulièrement. Ils
faisaient partie de la pharmacopée des façons
de les édulcorer. Ils ont connu une
perte de popularité à compter du moment
où un jeune microbiologiste de l’Université
de Lille en France, travaillant pour
des brasseurs de cette ville, a découvert
les secrets de la fermentation. Ses expériences
ont mené à la mise au point d’une
procédure de chauffage détruisant les micro-
organismes. Soulignons au passage
que Pasteur n’avait pas pensé à la… pasteurisation
du lait. |
Un emploi désuet
Au fil du développement de la science
brassicole, l’emploi des fruits est devenu
désuet presque partout sur terre! SAUF
parmi le peuple Gallia Belgica qui défendait
farouchement ses habitudes séculaires
de brassage. Les cervoisiers de la région
de Bruxelles en Belgique qui nous offraient
des Kriek Lambic et des
Frambozen Lambic. Leurs voisins du sud
proposaient des brunes des Flandres aromatisées
aux cerises ou aux framboises.
Ils ont inspiré les nouveaux brasseurs.
L’emploi d’un fruit sous sa forme naturelle
dans le brassage implique que le produit
fini possédera un profil de saveurs
évolutives accéléré. Certains fruits se dégradent
rapidement, d’autres sont plus
stables. Le bleuet par exemple, fait partie
de la première catégorie. On doit en employer
une quantité phénoménale pour un
résultat des plus instables. Il est préférable
de faire appel à un sirop. Voilà comment
on a trouvé comment infuser du bleuet
dans la Vitale aux Bleuets.
Je me souviens d’une défunte brasserie
dont la stout aux framboises possédait la
réputation d’être la meilleure du Québec…
Jusqu’au jour où un amateur observa
que le fruit était versé sous la forme
d’un sirop au moment du service. La maison
ne s’est jamais rétablie de la réputation
dont elle a alors hérité.
Plusieurs autres fruits du terroir sont
maintenant employés. Multi Brasse de
Tinwicks en fait une spécialité. Des bières
aux fruits: de l’atoca (canneberge) à la
Belle Hélène, en passant par les pommes.
Pour le récent festival Bière et bouffe du
terroir de Kingsey Falls, la maison nous a
élaboré une époustouflante bière aux boutons
de rose: la Rose Aimée. Dans tous les
cas, on ne peut pas parler d’une famille de bière. On ajoute le fruit à des styles classiques.
Les deux grandes tendances sont
de les ajouter à un style désinvolte
ou encore à une stout (surtout des framboises).
Cinq bougies pour la chronique «bière» du Journal de Montréal
Cela fait maintenant cinq ans que je
fermente des chroniques pour verser
dans la chope de votre curiosité, des réponses
à des questions auxquelles vous
n’aviez jamais pensé. Parmi tous les
pays francophones, le
Journal de Montréal
est le premier grand quotidien de
langue française à publier une chronique
hebdomadaire. Ça n’existe pas en
Belgique, ni en France, ni en Suisse. Votre
journal a été le premier à y croire!
Pendant cette période, le nombre de
petites brasseries au Québec a plus que
quadruplé! Parmi toutes les boissons
alcoolisées, le marché de la bière de dégustation
connaît ces dernières années
les plus importantes hausses. Je profite
de cet anniversaire pour remercier le
Journal de Montréal pour sa contribution
exceptionnelle à la mise en valeur
de la plus ancienne boisson élaborée de
la main de l’Homme.