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Linda K., chef de
bureau de 35 ans, a toujours été
capricieuse au moment de passer à
table. Enfant, ses parents étaient
tout simplement désespérés de voir
qu’elle ne mangeait que de la pizza,
des bâtonnets de poisson et des
pommes. Aujourd’hui, les choses
n’ont guère changé, et elle est la
première à le reconnaître: «mais il
m’arrive de prendre un verre de vin.
Et je mange aussi des poires… et des
pâtes à la sauce tomate nature»,
dit-elle, si embarrassée de parler de
ses goûts alimentaires limités
qu’elle demande même que son
nom de famille soit gardé secret.
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Linda affiche un poids moyen et est en
bonne santé. Elle prend chaque jour un
supplément de vitamines pour combler ses
déséquilibres nutritionnels. Toutefois son
alimentation pour le moins restreinte
(pizza au fromage seulement; pâtes avec
sauce tomate lisse ne contenant… que de la
tomate) l’empêche de socialiser convenablement.
Elle a littéralement peur de certains
aliments et se referme comme une
huître à la seule pensée de devoir participer
à un déjeuner d’affaires, à une réception,
ou d’être invitée au restaurant.
Les caprices à table devraient normalement
être surmontés avec l’âge. Cependant,
de plus en plus d’adultes comme
Linda avouent qu’ils ont une alimentation
plus que restrictive et qu’ils vont même
jusqu’à écarter complètement certaines catégories
d’aliments comme les fruits ou la
viande. Certains croient que cette situation
est causée par le fait d’avoir été forcés
à manger des aliments qu’ils n’aimaient
pas quand ils étaient enfants; d’autres jugent
qu’il s’agit essentiellement d’une affaire
de goût et de texture.
Trouble de l’alimentation, phobie ou
dépendance?
Aujourd’hui, on dit que les adultes dont
le choix d’aliments est restreint en raison
de leurs goûts limités souffrent d’un trouble
de l’alimentation appelé «caprices alimentaires
excessifs». Ce désordre est le
fait de ne consommer qu’un nombre très
restreint d’aliments, et ce, durant de nombreuses
années. Selon l’University College
du London’s Institute of Child Health, un
centre de recherche sur la santé des enfants,
jusqu’à 20 % des enfants de moins de
5 ans sont très capricieux à cet âge et certains
développeront un trouble de l’alimentation
de ce genre une fois adultes, c'est-à-dire
qu’ils refuseront, éviteront et craindront
même certains aliments. Certains
psychologues croient que ce problème est
une combinaison d’un trouble de l’alimentation,
d’une phobie et d’une dépendance –
mais on en sait très
peu.
Dans le but d’étudier
davantage la
question, des chercheurs
de l’Université
Duke et de l’Université
de Pittsburgh ont mis
sur pied un registre
public pour les adultes
aux prises avec des caprices
alimentaires
excessifs. Ce registre
vise à consigner les
habitudes alimentaires
des adultes capricieux
en vue d’aider
les chercheurs à
mieux comprendre ce
problème et de voir en
quoi il est différent de la boulimie ou de
l’anorexie, les deux formes de trouble de
l’alimentation les plus fréquentes.
Un régime alimentaire qui peut devenir problématique
«Si vous êtes un adulte aux prises avec
des caprices excessifs, il y a de bonnes
chances que vous n’ayez pas une alimentation
équilibrée», affirme la diététiste Fran
Berkoff, chroniqueuse en nutrition pour
Sun Media. «Si vous écartez systématiquement
des nutriments comme les protéines,
par exemple, et que vous ignorez comment
en obtenir autrement qu’en mangeant de la
viande et que vous n’en mangez pas, votre
régime alimentaire peut vraiment devenir
problématique.»
Lorsqu’elle voit en consultation un
adulte avec une alimentation aussi restrictive,
Mme Berkoff procède d’abord à une
analyse de son alimentation afin de voir
quelles sont ses carences. «Je vais ensuite
voir s’il est possible pour cette personne de
prendre une boisson au soja au lieu du lait
ou du fromage qu’elle ne mange pas, pour
au moins obtenir, aussi, du calcium. Si elle
ne veut rien essayer, on peut envisager la
prise d’un supplément.»
Le déni
Julie Notto, de Toronto, croit que les capricieux
excessifs vivent tout simplement
dans le déni lorsqu’ils restreignent leur apport
alimentaire de la sorte. Directrice de
programme à
Sheena’s Place, un
centre de soutien
aux personnes souffrant
de troubles
alimentaires,
Mme Notto se souvient
de parents venus
la consulter
afin de savoir si les
caprices excessifs
de leur jeune fille
étaient un réel problème
alimentaire
ou quelque chose
d’autre. «Elle ne
consommait aucun
glucide, et seulement
certains types
de viandes et certains
fruits et légumes bien précis. J’étais
préoccupée par le fait que ces caprices pouvaient
peut-être cacher un problème de restriction
alimentaire. C’est la pente la plus
glissante pour mener à un trouble de l’alimentation.»
Mme Notto estime que les caprices excessifs
sont une forme de trouble de l’alimentation
de plus en plus fréquent dans
notre société. «C’est un mécanisme d’inadaptation
qui s’inscrit dans la relation
avec les aliments. Certaines personnes boivent
trop, d’autres fument trop. À quel
point vos caprices alimentaires affectent-ils
votre qualité de vie, votre capacité à
fonctionner au sein de votre famille ou
avec vos amis? Voilà la question qu’il faut
se poser. Néanmoins, vous savez qu’une
personne a des problèmes lorsqu’elle refuse
votre invitation à dîner, ou qu’elle ne
veut pas aller au restaurant parce qu’elle
ne peut rien manger de ce qu’il y aura
au menu.»
Les caprices
excessifs sont-ils
un trouble de
l’alimentation?
Un trouble de l’alimentation
survient presque toujours
lorsqu’une personne traverse
une période de transition,
selon Anne Elliott, directrice
de programme à Sheena’s
Place
(www.sheenasplace.org).
«Il peut s’agir du passage de
l’école secondaire au collège
ou à l’université, ou d’une
catastrophe telle que le
divorce des parents. Dans des
situations de ce genre, les
enfants n’ont aucun contrôle
sur ce qui se passe. Pourtant,
l’une des choses que vous
pouvez contrôler dans votre
vie est certainement ce que
vous mangerez… ou que vous
ne mangerez pas.»
Si une personne a des caprices
excessifs parce qu’elle
souhaite perdre du poids, se
trouve trop grosse ou a une
image déformée d’elle-même,
ce genre de choses peut être
considéré comme une forme
de trouble de l’alimentation»,
reconnaît Mme Elliott.
«Cependant, si elle mange
convenablement en regard du
Guide alimentaire canadien
mais qu’elle est simplement
capricieuse, il ne s’agit pas
d’un trouble de ce genre. Elle
est capricieuse, tout
simplement.»
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Souffrez-vous de caprices excessifs?
Nous avons tous des aliments que nous aimons moins ou que nous ne mangerons
tout simplement pas, mais selon le Duke Center for Eating Disorders, un centre
américain spécialisé en troubles de l’alimentation, les adultes qui sont trop
sélectifs ou trop capricieux ont bel et bien une alimentation inadéquate. Dans
certains cas, la quantité de nourriture consommée est insuffisante pour favoriser
une croissance adéquate. Dans d’autres, la variété trop limitée d’aliments
consommés ne fournit pas tous les
éléments nutritifs nécessaires à une
santé optimale.
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Pour plus de renseignements sur
l’étude sur les caprices excessifs
chez les adultes, réalisée par le
Centre Duke (en anglais),
consultez le
www.eatingdisorders.mc.duke.edu.