(Photo ici-haut) Dans certaines conditions, le bois héberge certaines bactéries utiles, permettant une acidification contrôlée. Le plus bel exemple nous est offert par la brasserie Rodenbach en Belgique. Compte tenu de la qualité de ces bières affinées en fût, nous assistons au développement d’un créneau haut de gamme très prometteur.
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L’utilisation de tonneaux pour la
fermentation, l’entreposage et le
transport de la cervoise prend son
origine chez les Gaulois, environ
300 ans avant la naissance de
notre Sauveur.
Moins lourd, plus résistant et plus aisé
à transporter que l'amphore de terre
cuite, il s’est imposé dans le monde
comme le récipient idéal pour la distribution
des liquides. Il a également servi
pour plusieurs autres denrées, variant
des métaux précieux aux poissons, en passant
par les cornichons. Son importance a
directement contribué à l'essor des premières
grandes villes marchandes européennes.
Jusqu’à récemment, la capacité
de transport des navires de commerce
était mesurée en tonneaux (le tonnage).
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On a aussi constaté qu’il pouvait également
contribuer au développement du
goût. Les tonneaux neufs font ainsi partie
de la recette de plusieurs grands vins et
sont essentiels dans celui des grands cognacs,
whiskys, armagnac, etc.
Le bois complexifie ces boissons en apportant
des tanins et des arômes secondaires
tels la vanille, la noix de coco, la
noisette... ll permet également au gaz carbonique
et aux éthers volatils de s’évaporer.
Il s’y produit finalement une lente
oxydation éliminant l’astringence, conférant
un velouté et de la souplesse aux
boissons alcoolisées. Cette évaporation est
connue sous le nom de «part des anges».
Ce contact avec l’oxygène est très apprécié
par les brasseurs traditionnels, notamment
pour l’élaboration des lambics
en Belgique. Dans certaines conditions, le
bois héberge certaines bactéries utiles,
permettant une acidification contrôlée. Le
plus bel exemple nous est offert par la
brasserie Rodenbach en Belgique.
Recycler des tonneaux
Depuis quelques années, plusieurs
brasseries artisanales ont eu la bonne
idée de recycler des tonneaux ayant
contenu des spiritueux ou des vins. Cette
procédure peut viser deux objectifs différents: d'une part, permettre de soutirer la
boisson emprisonnée dans les pores pour
l’assembler à la bière ou, d’autre part,
d’oxyder la bière. Il est intéressant de
comparer les deux versions d’une même
bière afin d’en comprendre les effets.
La microbrasserie Le trou du Diable de
Shawinigan a décidé de traiter l’un de ses
meilleurs produits, La Buteuse, dans des
anciens fûts de calvados, de la cidrerie de
Michel Jodoin. Plusieurs amateurs considèrent
que le produit final est un cran supérieur
à la bière originale.
Pour ma part, je constate une grande
métamorphose. La finesse de la bière est
remplacée par la domination du boisé et
du tanin. La microbrasserie Brouhaha a
opté pour recycler des fûts de whisky
pour le traitement de sa Gaz de course. Je
découvre une grande amplification de ses
caractéristiques originelles: l’alcool et le
caramel dansent avec la vanille du bois.
On pourrait la classer comme un
«whisky light». Pour sa part, les Brasseurs
du temps, de Gatineau, ont opté
pour l’oxydation contrôlée afin de donner
un moelleux et une signature «portorisée» pour l’affinage de La Corne et La
Muse. De toute évidence, compte tenu de
la qualité de ces bières affinées en fût,
nous assistons au développement d’un
créneau haut de gamme, très prometteur.
«Ce sont les tonneaux vides qui
résonnent le plus fort.»