|
|
Traces de pesticide
Selon un sondage réalisé par la Société
canadienne du cancer, 70% des Canadiens
sont préoccupés par la présence de
résidus de pesticides sur les fruits et
légumes. Si cette inquiétude est bien
compréhensible (nous aimerions tous
vivre dans un environnement dépourvu
de toutes traces de polluants ou de résidus
de pesticides), il faut tout de même se
rappeler que la très grande majorité des
produits agricoles ne contiennent que de
minuscules quantités
de ces pesticides.
|
Dans la pratique,
97% des produits
agricoles importés et
99% des produits
agricoles canadiens
ne contiennent pas de
résidus de pesticides
au-delà des limites
établies par Santé
Canada et ne posent
donc aucun danger
pour la santé.
En dépit de l’innocuité
des produits provenant de l’agriculture
traditionnelle, la demande pour des
aliments cultivés sans engrais chimiques
ni pesticides n’a cessé de croître au cours
des dernières années. Si ces produits biologiques
sont très intéressants, ils sont
généralement plus chers que les produits
conventionnels et donc moins faciles
d’accès pour les personnes moins fortunées.
Mais ce coût élevé se traduit-il par
un produit de meilleure qualité sur le
plan nutritif?
Pas de différence significative
Plusieurs études ont tenté de démontrer
que les produits biologiques contiennent
de plus grandes quantités d’éléments
nutritifs que les aliments conventionnels.
Les résultats obtenus sont
extrêmement variables, certaines études
rapportant un plus fort contenu en antioxydants
dans les produits biologiques,
alors que d’autres études n’observaient
aucune différence.
Pour tenter de clarifier ce problème,
des chercheurs de la
London School of
Hygiene & Tropical Medicine en Angleterre
ont examiné en détail toutes les
études portant sur les différences entre
les aliments issus de l’agriculture
conventionnelle et bio réalisées au cours
des 50 dernières années
(1). Après avoir
identifié 55 études qui possédaient les
qualités scientifiques requises, les chercheurs
ont comparé le contenu en plusieurs
éléments nutritifs (vitamines, minéraux
et composés phénoliques) des aliments
biologiques ou conventionnels.
Cette analyse démontre sans équivoque
que les différences entre les deux modes
de culture sont beaucoup plus faibles
qu’on pourrait le penser. Par exemple, les
teneurs en plusieurs nutriments, comme
la vitamine C, les composés phénoliques
ainsi qu’en minéraux tels que le magnésium,
le calcium, le potassium, le zinc ou
le cuivre, ne diffèrent aucunement selon
le mode de culture. Des différences mineures
ont été observées pour le phosphore
(plus élevé dans le bio) ou l’azote (plus
élevé dans le conventionnel), mais ces différences
sont trop petites pour avoir un
impact réel sur la santé. En d’autres
termes, qu’ils soient cultivés de façon
conventionnelle ou bio, les aliments ont
les mêmes qualités nutritives.
Bio ou non?
Ces résultats confirment ce que nous
avons mentionné à plusieurs reprises:
les végétaux jouent un rôle capital dans
la prévention des maladies chroniques et,
en matière d’impact sur la santé, il n’est
pas important que ces aliments soient
produits par l’agriculture bio ou conventionnelle.
L’important est d’en manger le
plus souvent possible!
Même si les fruits et légumes biologiques
n’offrent pas d’avantages supérieurs
sur la santé, il y a néanmoins plusieurs
excellentes raisons de choisir ces
produits si vous en avez les moyens.
D’une part, l’absence d’engrais chimiques
et de pesticides dans la culture
biologique permet d’éviter à certains
travailleurs agricoles d’être exposés à de
très fortes quantités de ces produits, tout
en réduisant la contamination des sols et
des nappes phréatiques. On peut également
préférer certains produits biologiques
qui nous semblent de meilleure
apparence, de meilleur goût ou qui proviennent
de petits producteurs dont la
réussite nous tient à coeur. Enfin, pour
les personnes qui sont incapables d’accepter
de subir passivement l’exposition
aux pesticides, l’idée de mieux contrôler
le contenu de leur assiette en choisissant
des produits biologiques est certainement
fort intéressante.
La consommation de fruits et légumes
biologiques est donc un acte très personnel,
dont les répercussions sont beaucoup
plus sociales et environnementales que
sur notre santé.
(1) Dangour et coll. Am. J. Clin. Nutr, 2009,
publié en ligne le 29 juillet.