Véronique Champagne
37e avenue

Le retour de l'enveloppe sous le matelas?

Le retour de l'enveloppe sous le matelas?

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Véronique Champagne

Depuis 2008, les Canadiens tendent à conserver une plus grande proportion de leur argent dans de simples comptes courants et comptes épargne plutôt que de l'investir. Ce phénomène a pris encore plus d'importance en 2015, sa croissance atteignant un sommet record de 11 %.

Ce serait donc plus de 75 milliards de dollars de trop qui seraient stationnés, selon les économistes de la CIBC World Markets. Les moins de 35 ans en sont les plus grands contributeurs: le tiers de leur argent dort dans des comptes bancaires.

Comment expliquer cette tendance ? Et quelle est son incidence ?

Une mauvaise compréhension des marchés

« Tout le monde sait qu'on doit acheter quand les cours sont bas et vendre quand ils sont élevés, mais en pratique, on fait exactement le contraire », résume Benjamin Tal, économiste à la CIBC World Market.

Sans surprise, on remarque dans les chiffres des analystes que la crise financière de 2008 serait la première responsable de l'accélération du «non-investissement». Puis, la chute des cours de 2015 aurait amplifié le phénomène.

Julien Michaud de l'Autorité des marchés financiers n'est pas étonné par cette tendance, qu'il explique en partie par une mauvaise connaissance des gens de leur profil d'investisseur: «Les investisseurs ont une tolérance au risque limité : ils commencent à avoir peur quand la Bourse baisse, et ils se mettent à vendre ou n'osent pas y investir. Pourtant, des choix d'investissements se basant sur un bon profil d'investisseur feraient en sorte qu'ils ne réagissent pas ainsi aux variations du marché. Un profil est stable : on ne le change que si sa situation personnelle évolue (l'arrivée à la retraite, la naissance d'un enfant, par exemple), et non pas en réaction au marché... »

Un «à quoi bon ?» général

Les faibles taux d'intérêt seraient aussi responsables de cette absence d'intérêt pour l'investissement. « Aujourd'hui, il y a des comptes épargne qui rapportent la même chose que le rendement des obligations, constate Julien Michaud. Plutôt que de bloquer leur liquidité maintenant à des rendements moins intéressants, plusieurs investisseurs préfèrent attendre de saisir de meilleures occasions de placements sécuritaires.»

Les plus jeunes générations entretiendraient cette perception du «à quoi bon ?» de façon encore plus coriace. Puisqu'ils n'ont jamais été témoins des années de hauts rendements sur les marchés, ils ne voient pas l'intérêt de perdre leur liquidité - et sa flexibilité - pour des rendements faibles, et ne sont pas non plus à l'aise avec l'idée du risque sans l'espoir de grands gains.

Une perte d'opportunité

Julien Michaud résume l'inconvénient principal associé au fait de laisser son argent dans des comptes courants : «Si on conserve beaucoup de liquidité, nos rendements à long terme seront assurément plus faibles.»

Retarder ses investissements en attendant que le marché soit plus favorable s'accompagne aussi d'un prix: celui de payer plus cher, ce qui influence naturellement le rendement à la baisse au bout du compte.

Faut-il tout investir par crainte de passer à côté d'occasions ? Pas du tout, rassure M. Michaud. «Il s'agit souvent simplement de bien se faire conseiller, d'abord par l'établissement d'un profil d'investisseur juste, puis dans nos réactions par rapport à la volatilité des marchés.»

«C'est important de garder une portion sécuritaire de son portefeuille. Est-ce dans un compte courant ou dans un autre véhicule de placement ? Il n'y a pas une solution bonne pour tous», résume le spécialiste.

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