Guillaume Picard
Canoë

Des tours de plus en plus hautes

Des tours de plus en plus hautes

L'un des projets emblématiques de Toronto, le Bay Park Centre dans lequel est engagé le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Ivanhoé Cambridge.Photo Bay Park Centre

Guillaume Picard

Il est beaucoup question ces temps-ci de la surchauffe qui guette les marchés immobiliers de Vancouver, de Toronto et, dans une moindre mesure, celui de Montréal.

Alors que dans la métropole québécoise la construction se poursuit à un rythme effréné avec des tours dont la hauteur maximale permise est de 230 mètres, à Toronto il n'y a ni montagne ni règlement stipulant qu'on ne peut pas en dépasser le plus haut sommet, histoire de préserver sa ligne d'horizon.

Ainsi, à Toronto on propose maintenant des super tours de plus de 300 mètres (1000 pieds) aux côtés de dizaines et de dizaines d'autres structures plus impressionnantes qu'à Montréal. Même Calgary et Québec, avec son Phare, vont surclasser la ville de Denis Coderre.

Dans la métropole canadienne, 300 bâtiments de toutes les hauteurs sont actuellement en construction, selon les projets recensés dans la banque de données du site spécialisé Urban Toronto. Et plus d'une centaine d'autres gratte-ciel qui se trouvent sur la planche à dessin. C'est dire que l'activité immobilière en a pour quelques années encore, à moins que les prédictions de certains oiseaux de malheur se produisent et fassent éclater la bulle immobilière.

Le projet 1 Yonge Condos, par exemple, est un ensemble immobilier qui comptera cinq tours de 22 à 95 étages (98 à 307 mètres) sur le site du quotidien Toronto Star, dans le sud du centre-ville torontois. Les immeubles doivent être livrés en 2019.


Le projet 1 Yonge Condos. Photo Pinnacle International

Il y a aussi le projet distinctif de Mirvish+Gehry Toronto, qui comprendra deux tours extravagantes de 82 et de 92 étages (275 et 305 mètres).


Le projet Mirvish+Gehry Toronto. Photo Mirvish+Gehry Toronto

Le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Ivahnoé Cambridge, est pour sa part engagé dans le projet Bay Park Centre, qui sera constitué de deux tours de 48 et de 54 étages (254 et 265 mètres) sur Bay Street, le centre financier de Toronto, juste au-dessus des voies ferrées et à côté d'Union Station.


Le projet Bay Park Centre. Photo Bay Park Centre

Actuellement en construction, on pense tout de suite au One Bloor (76 étages, 257 mètres), situé au coin des rues Young et Bloor, dans le chic quartier Yorkville, ainsi qu'au projet Eau du Soleil (49 et 66 étages, 178 et 228 mètres) du secteur Etobicoke, où les résidents auront une vue imprenable sur le centre-ville et le lac Ontario.

Tous ces projets ne dépasseront toutefois pas la Tour du CN, dont l'antenne de communication se dresse jusqu'à 553 mètres.

Du côté de Calgary, en Alberta, deux gratte-ciel sont en construction: le Brookfield Place (56 étages, 247 mètres) et le Telus Sky (59 étages, 222,3 mètres).

Et Le Phare de Québec

Et que dire de Québec, qui projette de se doter du plus grand édifice de l'est du Canada, avec Le Phare du Groupe Dallaire, dont la nouvelle mouture vient d'être dévoilée. On parle d'une tour principale de 65 étages, ou 250 mètres, et de deux autres gratte-ciel, dont un qui devrait atteindre 180 mètres.

Pendant ce temps à Montréal

À Montréal, les projets se multiplient aussi, mais ils sont plus modestes. Les tours les plus hautes, le 1250 René-Lévesque et le 1000 de la Gauchetière, qui datent de 1992, il y a bientôt un quart de siècle, ne seront même pas dépassés par les nouvelles structures proposées ou en construction près du Centre Bell.

Actuellement en chantier, citons ici ce qui deviendra la plus haute tour résidentielle de la métropole, L'Avenue (50 étages ou 184 mètres), devant l'amphithéâtre des Canadiens de Montréal, qui doit d'ailleurs subir une cure de Jouvence pour ses 20 ans.

Plusieurs autres projets sont en cours de réalisation, dont les deux tours Roccabella (40 étages, 147 mètres), le projet Icône Nord (39 étages, hauteur non disponible), la phase 1 du projet YUL (38 étages, hauteur non disponible), la tour Holiday Inn (37 étages, hauteur non disponible).

Les données pour Montréal, soulignons-le, proviennent du site Skyscraperpage.com, où on trouve d'ailleurs un diagramme présentant toutes les tours, de la plus grande jusqu'à la plus petite.


Les tours de Montréal par ordre décroissant de hauteur. Photo SkyscraperPage.com

On projette, toujours autour du Centre Bell plusieurs immeubles développés par le groupe Cadillac Fairview, notamment la Tour des Canadiens 2 (49 étages, hauteur non disponible) ainsi que cinq tours sur la rue Peel, autant commerciales que résidentielles. Il y aussi la tour Babylone (37 étages, 120 mètres) sur René-Lévesque, juste en face de l'hôtel Maritime, qui faisait lui aussi l'objet d'un important projet de rénovation et l'ajout potentiel d'un gratte-ciel sur le même site il y a quelques années.

Près de la place des Festivals, c'est la Tour QdS Jeanne-Mance qui est dans les cartons (30 étages, 145 mètres), ainsi qu'une partie plus basse de 12 étages au coin de Sainte-Catherine et Bleury. Le président du Fonds immobilier de solidarité FTQ, Normand Bélanger, a dit que le projet avançait, mais qu'il fallait dépasser un seuil minimal de location avant de lancer la machinerie sur le site.

Voisine du nouveau V Courtyard Montréal, le squelette de la tour AC Hotel Montréal (34 étages, hauteur non disponible) gagne chaque semaine en hauteur.

Tout près, on retrouvera à compter de 2020 le projet Humaniti et sa tour principale de 39 étages.


Le projet Humaniti. Photo Lemay

C'est sans compter la Maison Manuvie (28 étages, hauteur non disponible), qui commence par ailleurs à s'inscrire dans le paysage, de même que l'édifice qui accueillera l'ONF dans le Quartier des spectacles.

Pourquoi vouloir aller toujours plus haut?

Professeur au Département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM et ancienne PDG de l'Agence métropolitaine de transport, Florence Junca-Adenot croit que les tours en hauteur ne font pas partie de l'ADN de Montréal et qu'il y a plusieurs autres façons de densifier la métropole sans pour autant flirter avec les nuages.

«Pourquoi vouloir copier Toronto? Il faut densifier, mais pas le faire de la même façon. Je pense qu'on n'a aucun intérêt à développer une ville de gratte-ciel, car ici ce qui nous distingue c'est notre montagne, le fleuve, la qualité de vie, l'organisation de nos quartiers et les espaces verts. On devrait utiliser la marge de manœuvre restante, en matière de construction, pour consolider des secteurs déstructurés, développer des terrains en friche ou des terrains situés autour ou près des stations de métro», a-t-elle suggéré en entrevue avec Canoe.ca

Mme Junca-Adenot pense aux immenses terrains du défunt Hippodrome Blue Bonnets, où les courses de chevaux ont cessé depuis 2009 et où un projet de redéveloppement incluant du logement social est coincé sur la planche à dessin. Elle ne comprend pas, par ailleurs, qu'on autorise un gigantesque projet commercial non loin, le Royalmount, «alors que beaucoup de commerces existants à Montréal ont de la misère».

Elle insiste: il faut créer un noyau urbain fort au centre-ville de Montréal, mais «il ne faut pas mettre tous nos œufs dans le même panier».

Résister aux demandes des promoteurs

Selon elle, les villes doivent résister à acquiescer à toutes les demandes des promoteurs.

«Les villes qui ont été les mieux développées, ce sont celles qui ont planifié leurs quartiers dans un ensemble, c'est pourquoi il ne pas toujours dire oui aux changements de zonage. Portland et Boston sont deux villes qui ont rebondi, mais là-bas on ne fait pas tout ce qu'on veut.»



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos