Audrey Neveu
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Les finances ont-elles un genre?

Les finances ont-elles un genre?

Les femmes sont plus dépensières que les hommes, vraiment?Photo Fotolia

Audrey Neveu

L'image de la femme impulsive et dépensière est encore fréquente, mais de plus en plus d'études démontrent qu'il ne s'agit que d'un stéréotype. En fait, les comportements de consommation des hommes et des femmes diffèrent, mais aucun n'est «meilleur» que l'autre.

En fait, les Canadiens font en moyenne 3720 $ de dépenses inutiles chaque année, et les hommes dépensent deux fois plus que les femmes, selon un sondage réalisé en 2012 par la Banque de Montréal. Ils dépensent en moyenne 414 $ pour des articles superflus contre 207 $ pour les femmes. De plus, de nombreuses études ont établi que les femmes sont moins tolérantes au risque dans leurs décisions financières. Devant ces preuves, pourquoi le stéréotype de la femme plus dépensière subsiste-t-il?

Selon la professeure au Département de marketing de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM Manon Arcand, la population procède à un amalgame de faits qui les conduit à perpétuer ce stéréotype malgré ces preuves.

«C'est assez documenté que les hommes et les femmes n'ont pas la même relation au magasinage. Pour les hommes, il est plus utilitaire, tandis que les femmes prennent plus de plaisir dans l'acte de magasiner, explique-t-elle. L'autre facteur est que les femmes sont reconnues pour faire davantage d'anxiété et être émotives dans leurs décisions financières. On associe cet aspect émotif à des dépenses superflues.»

Cette émotivité est notamment liée à une plus faible tolérance au risque, ce qui mène logiquement à un comportement financier plus conservateur et à moins de dépenses superflues. La perception du montant dépensé par chaque sexe peut aussi être biaisée par le fait que les femmes sont encore largement responsables de la majorité des dépenses d'un ménage, ajoute la professeure.

Les femmes semblent toutefois légèrement plus susceptibles d'expérimenter une envie irrésistible d'acheter, même si l'article est superflu, mais cela pourrait être relié au plus grand nombre de décisions d'achat qu'elles doivent prendre.

Traitement différent, même résultat

La manière dont elles traitent l'information en vue d'un achat les mène également à plus de prudence, explique Manon Arcand, qui étudie notamment les différences de comportement entre les genres lors de l'achat en ligne. Ainsi, les hommes ont tendance à analyser le portrait global et à moins se soucier des détails, tandis que les femmes analyseront chaque élément afin de peser le pour et le contre.

«Les femmes considèrent toute l'information, ce qui les amène à faire moins d'achats impulsifs, explique-t-elle. Rien ne dit cependant que l'un prend de meilleures décisions que l'autre. Les hommes et les femmes traitent l'information différemment, mais ils arrivent à la même destination au final.»

Le fait que l'homme s'implique de plus en plus dans la gestion financière de la famille pourrait contribuer à faire changer la perception sur le comportement de consommation des hommes et des femmes. Il est toutefois assez long d'éliminer un stéréotype, concède Manon Arcand. Publiciser les études qui le démontrent est toutefois le premier pas pour démonter l'image de la femme impulsive et dépensière!

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