Fabien Major

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Fabien Major est un professionnel de la finance inscrit à l'AMF. Il est détenteur d'une Maitrise en administration des affaires. Il blogue et rédige des chroniques sur la finance personnelle depuis 2006.
Canoë

Les chiffres moins reluisants de Bombardier

Les chiffres moins reluisants de Bombardier

Manifestation ce week-end dans les rues de la métropole contre les hausses salariales importantes accordées aux hauts dirigeants de Bombardier.Photo Dario Ayala / Agence QMI

Pour ma chronique cette semaine, je me penche sur le cas de Bombardier, un fleuron québécois qui fait beaucoup jaser ces jours-ci en raison des hausses salariales importantes accordées à ses hauts dirigeants.

Voici quelques chiffres pour le moins intéressants:

• Bien qu'elle détienne moins de 12 % des actions en circulation par des titres multivotants, la famille Beaudoin-Bombardier contrôle 52 % du droit de vote. Les petits et gros actionnaires extérieurs à la famille n'ont pour ainsi dire aucun poids dans les décisions.

• Depuis septembre 2000, la valeur de l'action de Bombardier a fondu de 92,15 %. Concrètement, si vous y aviez investi 10 000 $ il y a 17 ans, vous avez maintenant 785 $ en poche. Pendant ce temps, l'action d'Alimentation Couche-Tard a bondi de 6170 %.

• Malgré des ventes de 16 milliards $ annuellement, Bombardier affiche des flux de trésorerie négatifs de 1,195 milliard. C'est dire qu'ils brûlent plus d'argent qu'ils n'en engendrent.

• Au 31 décembre 2016, la dette totale de Bombardier s'élevait à 23 milliards $.

• Avec sa capitalisation boursière fondue à 4,5 milliards $, Bombardier entre maintenant dans la catégorie des «petites et moyennes capitalisations» chez les gestionnaires institutionnels. À titre de comparaison, la valeur boursière du CN est de 74 milliards $ et celle de GM est de 53 milliards $. Même des groupes moins sexy comme Alimentation Couche-Tard avec ses 34 milliards $, Tim Hortons (Restaurants Brands) avec ses 17,4 milliards $ ou Dollarama avec ses 13 milliards $ en valeur boursière sont plus efficaces à générer de la valeur.

• Pour éviter la faillite, Bombardier a reçu de la part du gouvernement du Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec une aide totalisant 2,5 milliards $ US ou 3,33 milliards canadiens. Le gouvernement fédéral n'a consenti qu'un prêt de 372 millions $.

• L'aide et les subventions ne s'arrêtent pas là: les clients de Bombardier sont également subventionnés par les contribuables canadiens. Depuis 2011, Exportations et Développement Canada a prêté 8,8 milliards $ aux acheteurs de trains et d'avions de Bombardier.

• Alain, Bellemare, le PDG de Bombardier, a touché en 2016 12,5 millions $ en salaire et bonis. Un salaire équivalent à celui du président de la Banque Royale du Canada, David McKay. RBC a une valeur boursière de 143 milliards $ versus 4,5 milliards $ pour Bombardier.

• En septembre 2016, la firme de notation de crédit Standard & Poors octroyait la note «B-» à Bombardier, ce qui correspond à Hautement spéculatif.

Comme on peut le voir, Bombardier ne survit que parce que l'état subventionne grassement l'entreprise, ses dirigeants, ses employés ET ses clients!

Je crois que la question «a-t-on les moyens de perdre Bombardier est inappropriée». Il serait plus réaliste de se demander: «collectivement, a-t-on encore les moyens de conserver Bombardier?»



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