Martine Turenne
Agence QMI

La lourde tâche de «l'homme fort» des pipelines

La lourde tâche de «l'homme fort» des pipelines

Louis Bergeron.Photo Joel Lemay / Agence QMI

Martine Turenne

MONTRÉAL - Qui de mieux que l'homme qui a piloté le tout dernier projet de pipeline au Québec pour vendre le très controversé projet d'Oléoduc Énergie Est aux Québécois?

Alors qu'il était chez Énergie Valero, Louis Bergeron, le nouvel homme fort de TransCanada, a supervisé la réalisation du Pipeline Saint-Laurent, un oléoduc de 16 pouces de diamètres, long de 240 kilomètres, qui relie la raffinerie de Lévis, dans Chaudière-Appalaches, au centre de distribution montréalais d'Ultramar.

Comme le projet d'Oléoduc Énergie Est, le projet Pipeline Saint-Laurent avait ses détracteurs. Outre les aspects techniques du projet, Louis Bergeron a dû gérer les relations avec les propriétaires, dont 687 particuliers, mais aussi avec l'Union des producteurs agricoles (UPA), les gouvernements et des intervenants de toutes sortes.

«Ça a pris neuf ans entre le démarrage du projet et sa finalité», a-t-il rappelé.

Louis Bergeron est arrivé au poste de vice-président, Québec et Nouveau-Brunswick, pour l'Oléoduc Énergie Est, l'automne dernier, au moment où le projet de 12 milliards $ de TransCanada suscitait une levée de boucliers, ainsi que l'opposition des maires de la grande région de Montréal. Le pipeline, rappelons-le, acheminerait chaque jour 1,1 million de barils de pétrole de l'Alberta vers le terminal de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Q: Le projet d'Oléoduc Énergie Est ressemble-t-il à celui que vous avez piloté chez Valero?

«Le projet actuel est plus complexe. Les exigences sont plus élevées, notamment sur le plan environnemental. On parle de déboisement, ce qui n'était pas le cas dans le projet précédent. À cinq ans du démarrage, il faut y donner un visage québécois. On doit avoir une approche différente au Québec que dans le reste du pays.»

Q: Comment allez-vous vendre l'idée du pipeline aux Québécois?

«C'est un projet de société, qui a un impact énorme sur l'économie canadienne, mais qui aura aussi un impact positif sur les raffineries de l'Est de Montréal. On parle d'une moyenne de 3200 emplois annuellement, de 4 milliards $ de plus au PIB du Québec, et plus de 972 millions $ de retombées fiscales durant la phase de développement et de construction, qui durera neuf ans.»

«Nous avons annoncé un partenariat avec l'usine montréalaise du groupe suisse ABB. Il produira 22 stations électriques utilisées dans les stations de pompage d'alimentation le long du pipeline. Cela créera quelque 200 emplois ici, au Québec.»

«Il faut mieux communiquer, et expliquer davantage.»

Q: À propos de communication... Plusieurs élus, et non les moindres, ont souligné l'arrogance de TransCanada dans ce dossier. Qu'allez-vous faire pour rétablir les ponts?

«On se donne les moyens en mettant sur pied une équipe de gestion québécoise. Notre bureau passera de 25 à une quarantaine d'employés sous peu. Cela simplifiera notre communication avec les groupes et les communautés. Les enjeux sont complexes, les attentes sont grandes, et c'est à TransCanada de s'adapter, non l'inverse. Nous voulons être plus à l'écoute.»

Q: Vous allez, dès le 7 mars et durant tout le mois, vous présenter devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Mais votre projet étant fédéral, la loi provinciale ne s'y applique pas, ce qui rend furieux plusieurs groupes environnementaux. Que leur dites-vous?

«Je vais laisser les avocats parler de l'aspect juridique. Nous, peu importe le cadre juridique, nous voulons travailler dans le sens de l'acceptabilité sociale. Quand je vais dans une municipalité, je m'assure que les conditions soient acceptables pour tout le monde, que le projet se fasse dans le respect des communautés.»

«Nous prenons nos audiences au BAPE avec beaucoup de sérieux. Avec mon équipe, on développe beaucoup d'informations utiles pour le BAPE, et on leur assure notre entière collaboration. On a revu l'ensemble du dossier. C'est un processus très robuste.»

«Mais c'est un projet fédéral, et il doit suivre le processus fédéral. Le BAPE servira de base de discussion.»

Q: Pour plusieurs, le pétrole est une énergie d'hier. Le premier ministre Philippe Couillard rejette d'ailleurs la prospection à l'île d'Anticosti, jugeant que le Québec est rendu ailleurs. Vous sentez-vous à contre-courant?

«Je ne crois pas que la position du premier ministre Couillard sur Anticosti ait un impact sur nous. Nous sommes convaincus que le pétrole sera encore nécessaire pendant quelques décennies. On fera encore fonctionner nos voitures et nos avions avec de l'essence. On n'est pas encore rendu à l'autre étape, celle des énergies vertes, dans lesquelles TransCanada a d'ailleurs investi 5 milliards $.»

«Les Québécois comprennent qu'on a encore besoin de pétrole pour quelques années. En attendant, la question reste celle-ci: veut-on ou pas exporter notre propre pétrole?»

Biographie

Natif de Québec, Louis Bergeron est vice-président, Québec et Nouveau-Brunswick, pour l'Oléoduc Énergie Est.

Âgé de 59 ans, cet ingénieur chimiste, diplômé MBA, a fait toute sa carrière (plus de 30 ans) dans l'industrie pétrolière, plus précisément dans le raffinage, chez Énergie Valero, anciennement Ultramar, dans l'Est de Montréal. Il venait de prendre sa retraite lorsque TransCanada a retenu ses services.

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