Martine Turenne
Agence QMI

Rona: mission impossible pour la Caisse

Rona: mission impossible pour la Caisse

Tenter d'acheter ses actions au-delà de l'offre de Lowe's à 25 $ aurait été impossible pour la Caisse et préjudiciable pour ses déposants. Photo Archives / Agence QMI

Martine Turenne

MONTRÉAL - Le grand patron de la Caisse de dépôt et placements du Québec (CDPQ), Michael Sabia, aurait bien aimé que Rona domine son marché comme CGI et Couche-tard et achète ses concurrents.

Finalement, c'est Rona qui a été engloutie par une entreprise plus puissante. Tenter d'acheter ses actions au-delà de l'offre de Lowe's à 25 $ aurait été impossible pour la Caisse et préjudiciable pour ses déposants, soit les Québécois.

«C'est malheureux», a admis mercredi le numéro un de la CDPQ, «mais c'est le résultat de nos analyses. La meilleure façon de protéger notre capital était de déposer nos actions».

Un marché difficile

Rona, dont la Caisse possédait 17 % des actions, était en position de faiblesse. «Nous avons fait beaucoup de choses depuis 2012 pour renforcer la société, le conseil d'administration, la direction, a souligné M. Sabia. Mais RONA évoluait dans un marché difficile.»

La présence de deux géants américains, Lowe's et Home Depot, déterminés à s'établir au Canada et au Québec, a beaucoup joué dans la décision de la Caisse de vendre ses actions de Rona. «Le secteur est en pleine consolidation dans toute l'Amérique du Nord, a poursuivi Michael Sabia. Dans son secteur, Rona n'était pas très bien positionné, pour toutes sortes de raison.»

Pour la Caisse, l'offre importante de Lowe's était considérée «une offre importante». L'acquéreur souhaitait respecter le réseau de fournisseurs québécois et transférer son siège social au Québec, a précisé Michael Sabia.

Légère baisse des actifs dans le Québec Inc

Les actifs de la Caisse dans le Québec Inc ont connu une légère baisse en 2015, passant de 60 à 59,7 milliards $.

Sur quatre ans, ses nouveaux investissements et engagements au Québec s'élèvent à 11,2 milliards $, dont 2,2 milliards $ en 2015. Ils étaient de 2,5 milliards $ en 2014.

Le chiffre de 2015 exclut cependant l'investissement que la Caisse a fait dans Bombardier Transport, «car il s'agit d'une société européenne», a ajouté Michael Sabia.

La légère baisse des actifs est attribuable, selon Michael Sabia, au désengagent de la Caisse dans l'entreprise pharmaceutique Valeant. «Nous avons décidé, avant l'effondrement de Valeant, de vendre nos parts de 700 millions $», a-t-il dit.

Davantage de PME ont cependant bénéficié de l'investissement du bas de laine des Québécois: 550 en 2015 comparativement à 500 en 2014.

La Caisse se mondialise

«Le défi est de trouver le rendement nécessaire pour répondre aux besoins de nos clients, a déclaré Michael Sabia. Il est important de miser sur notre proximité du marché québécois, ce qui nous donne un avantage concurrentiel.»

Plusieurs entreprises, a-t-il ajouté, sont «hautement rentables», citant CGI, Couche-Tard ou Gaz Métro.

La mondialisation est un pilier du développement économique du Québec. La Caisse se mondialise donc, a-t-il dit. «Il est très important d'avoir la compétence pour choisir les meilleures stratégies d'investissement. Les marchés sont remplis d'occasions, mais aussi de risques.»

Michael Sabia a cité en exemple la firme d'ingénierie Groupe WSP, l'ancienne Genivar. La Caisse a fait un nouvel investissement de 62,5 millions $ cette année. «C'est notre quatrième investissement depuis 2011», a dit Michael Sabia.

WSP a vu ses revenus quadrupler et elle est devenue numéro un mondial dans son domaine.

Investir, mais aussi ouvrir des portes

Le PDG de la Caisse a aussi parlé de la firme techno de divertissement montréalaise D-BOX, qui fait aussi partie de cette stratégie mondiale: la Caisse y a investi 5 millions $ en 2015. Mais surtout, elle facilite l'entrée de la société québécoise dans le lucratif marché chinois.

«Nous avons fait un investissement dans D-BOX, a mentionné Michael Sabia, mais surtout, nous facilitons la percée du marché chinois, car nous avons un bon réseau en Chine. Même si le niveau de nos investissements au Québec est important, ce qui est encore plus important pour nous, c'est l'impact de ces investissements, pas juste le montant. C'est ce que nous cherchons à maximiser au Québec.»

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