Martine Turenne
Agence QMI

Cogeco en mode acquisition

Cogeco en mode acquisition

Louis Audet. Photo Archives / Agence QMI

Martine Turenne

Le câble est fort, vive le câble! Loin de dépérir, la câblodistribution constitue l'avenir de Cogeco, qui cherche à faire une troisième acquisition dans ce secteur aux États-Unis.

«Nous sommes actifs», a dit Louis Audet, président et chef de la direction de Cogeco, en marge de l'assemblée annuelle des actionnaires, jeudi, à Montréal.

L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, loin d'être une menace, va faciliter les affaires aux États-Unis, croit-il. «On s'attend à moins de réglementations. Le FCC, l'équivalent de notre CRTC, est très interventionniste, actif et limitatif. Cette menace est disparue.»

Les revenus de Cogeco au premier trimestre 2017, dont 90 % sont tributaires du câble, ont atteint 549,1 millions $, une augmentation de 8,8 millions $, ou 1,6 %, par rapport à la même période l'an dernier.

«Ç'a été une bonne année, une année de stabilisation», a souligné Louis Audet.

Le câble, encore et toujours

«L'excellente croissance» des réseaux de câbles américains s'est poursuivie au premier trimestre et explique cette «bonne année»: «une hausse de 7% c'est très bien, a mentionné Louis Audet, et 1,6 % au Canada aussi. Le marché y est plus compétitif qu'aux États-Unis.»

Il reste plusieurs marchés mal desservis aux États-Unis, a poursuivi Louis Audet, à l'extérieur des grands centres. «C'est un secteur très porteur.» Plusieurs entreprises ont fait l'objet d'analyses plus poussées. Cogeco cherche des câblos dont la valeur tourne autour de 700 millions$ US. «On ne se met pas à risque.»

Louis Audet estime que ce phénomène répandu chez les jeunes de ne pas s'abonner à un service de câble, mais de visionner les émissions sur internet, est une phase transitoire dans la vie.

«Dans la réalité, ce n'est pas ça qui nous dérange. Le téléviseur et le câble reviennent dès que les gens fondent des familles, avec l'expérience de visionnement en groupe. Et nous sommes justement très présents dans les régions où s'installent les jeunes familles.»

L'éléphant dans la pièce

Louis Audet a décoché plusieurs flèches à l'encontre de son rival, Bell, un oligopole qui en mène large, selon lui.

Empêcher les comportements abusifs du géant Bell justifie en soi l'existence du CRTC, selon Louis Audet. «Au Canada, nous avons donné beaucoup de pouvoirs à certaines compagnies. Bell a son réseau de téléphonie satellite, propriétaire de 40 % des chaînes dont nous achetons le contenu. Nous devons payer le concurrent! Il y a de super gros joueurs verticalement intégrés, et un paquet de joueurs plus moyens, dont nous.»

Contrairement au Bureau de la concurrence, le CRTC se soucie davantage de la diversité dans le marché, croit Louis Audet.

Cela dit, Cogeco ne se lancera pas dans la téléphonie mobile tant que le CRTC ne changera pas les règles actuelles, qui font de Bell un «oligopole confortable».

«Il n'y aura pas de concurrence efficace tant que le CRTC ne prend pas de décision sur le partage des ondes, comme les câblos le font déjà en louant de la capacité sur leur réseau.»

Taxe Netflix

Il serait très difficile de justifier pour le gouvernement canadien une taxe Netflix, dit Louis Audet.

«Cela serait mal perçu aux États-Unis. Mais ce que le gouvernement devrait faire, et ce qu'on les encourage à faire, c'est d'exiger que Netflix paye la TPS/TVQ. Une mesure non discriminatoire, valide pour tout le monde. L'argent ainsi recueilli pourrait être investi dans un fonds de support au contenu canadien. »

Les stations de radio de Cogeco, dont 98,5, dominent le marché montréalais, et sont deuxième à Québec. «Elles vont très bien», a dit Louis Audet. Les revenus de ce secteur ne sont pas rendus publics. «Au Canada les grandes villes, comme Montréal et Québec, inter-financent les plus petits marchés, moins rentables.»

Centre de données

Cogeco n'a pas vu venir la férocité de la concurrence que lui livrent Microsoft et Amazon sur le terrain des centres d'hébergement de données. Elle est larguée dans la guerre de prix.

«Le bénéfice de 2016 a été malheureusement entaché par la dévaluation des actifs de nos centres de données, principalement aux États-Unis, essentiellement à cause de la concurrence des Amazon et Microsoft, a expliqué Louis Audet, qui ont créé de super gros centres de données.»

Les deux géants américains sont aussi bien présents au Québec et au Canada. Cogeco, de son côté, a 16 centres de données, dont cinq au Canada, deux au Royaume-Uni, et le reste aux États-Unis. Elle ne peut tout simplement pas suivre la cadence des prix et «est en mode ajustement»: Cogeco abandonne ainsi à ses concurrents les petits clients, les PME, pour se concentrer sur les grandes entreprises qui cherchent une valeur ajoutée.

Une équipe de direction renouvelée a été mise en place cet été pour amorcer le virage. «Notre stratégie est de cesser de courir après les petits clients, qui peuvent aller chez Microsoft ou Amazon, et se concentrer sur ceux qui ont besoin de services plus complexes et plus sophistiqués, de sécurité accrue, d'une infrastructure plus robuste et plus fiable.»

Le centre de données de Kirkland, inauguré en septembre, est justement de niveau 3, soit supérieur à ce qu'offrent les concurrents américains. «La clientèle de Microsoft ne cherche pas ce genre de service.»

La gamme de prix varie de 100 000 $ à 500 $ par mois. C'est dans ce dernier créneau que Cogeco s'avoue larguée par la concurrence. Les premiers résultats de cette stratégie, axée sur «un cycle de vente plus lent», sont excellents, dit Louis Audet, qui dit avoir fait des gains de clientèle.

«On est content d'être dans ce secteur porteur» qui génère des ventes annuelles de 300 millions $, et qui représente 10 % du bénéfice avant impôt, amortissement et intérêt. Il n'y aura pas de nouveaux investissements ou d'achats dans ce secteur à court terme.

La clientèle des centres de données de Cogeco provient de partout sur la planète, d'Europe, de Chine, d'Inde, de Russie ou d'Indonésie. Et surtout des États-Unis. Le stockage de données d'une entreprise à l'extérieur de son territoire est légal, hormis pour les données financières. «Il n'y a pas de frontières», a mentionné Louis Audet.



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