Martine Turenne
Agence QMI

Les commerçants souffrent aussi de la congestion routière

Martine Turenne

Les millions d'heures perdues par les automobilistes coincés dans le trafic entraînent des pertes financières de quelque 300 millions $, en heures de travail perdues et en gaspillage d'essence.

Mais, il n'y a pas que les grands axes routiers qui sont congestionnés: à Montréal, ça déborde partout, estime Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

«L'étude de l'Association canadienne des automobilistes (CAA) ne tient compte que des grands tronçons, mais la congestion affecte maintenant l'ensemble des artères commerciales», a-t-il indiqué. Il y a davantage de voitures et surtout, de travaux majeurs.

Les commerçants en pâtissent: la congestion a un impact sur tout le cycle commercial, de la livraison des produits et des marchandises à la mobilité de la main-d'œuvre, en passant par les clients eux-mêmes qui peinent à se frayer un chemin jusqu'à leur boutique préférée.

«Une fois rentrés chez eux, dans le trafic, les gens ne veulent plus ressortir», a souligné Michel Leblanc.

La plus récente étude du ministère des Transports évalue les coûts de la congestion à 1,8 milliard $ annuellement dans la grande région de Montréal. «Et c'est sans doute en dessous de la réalité», croit Michel Leblanc.

Le Juste-à-temps mis à mal

Les entreprises et les commerces de la grande région montréalaise évoluent dans le concept de management du juste-à-temps (JUT), qui demande une logistique huilée au quart de tour.

«Les entreprises n'ont plus les inventaires d'il y a 30 ans, et ça leur a permis de réduire leur coût, a expliqué Michel Leblanc. Mais cela demande une logistique efficace. Si les marchandises arrivent en retard en raison des travaux routiers et de la congestion, le commerçant devra s'assurer d'un inventaire plus gros que prévu. Ça rend l'ensemble de nos entreprises moins compétitives.»

Selon une étude du département des Transports de l'État de Washington, datant de 2012, ce sont les consommateurs qui assument de 60 % à 80 % des coûts additionnels qu'entraîne la congestion pour les livraisons de marchandises.

«La congestion comporte des coûts énormes tant pour les individus que pour les entreprises», a dit Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ).

«Si on rallonge le temps d'expédition pour la marchandise, ça coûte plus cher pour l'expéditeur, le distributeur, et le commerçant. Et la congestion complique de plus en plus l'embauche. La proximité du lieu de travail avec la maison est devenue un critère important. Ça désavantage les employeurs du centre-ville», a mentionné M » Dorval.

«Ce n'est pas pour rien qu'il y a un engouement pour les grands centres en périphérie, dit de son côté Martine Hébert, vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). Le problème, c'est quand les travaux durent trop longtemps. Cela prend des années à gagner un consommateur, et peu de temps à le perdre. Les gens changent leurs habitudes.»

On paye aujourd'hui pour des années de négligence dans la réfection des artères, estime Mme Hébert. La FCEI demande des compensations aux commerçants affectés, comme un congé de taxes, par exemple. «Certains commerces ne peuvent pas survivre, a-t-elle précisé. Pendant que le cône orange reste là, le loyer, les taxes et les employés doivent être payés.»

«On part de loin»

«Les travaux doivent être planifiés de manière intelligente, dit Yves-Thomas Dorval.

L'information sur les déplacements doit être disponible et accessible. «Il manque encore une véritable autorité suprarégionale. «Honnêtement, on part de loin. Montréal a souffert, pendant trop longtemps, d'un sous-développement de ses infrastructures en transport.»

Il y aussi les choix des individus. «On voit l'augmentation chaque année des ventes de véhicules, dit M. Dorval. Mais le transport en commun n'est ni fluide ni efficace.»

Michel Leblanc garde espoir. «Il y a des engagements des gouvernements, ils ont compris», dit-il, citant le projet du REM en exemple. «Si on avait davantage investi depuis 15 ans, la situation actuelle serait différente. Mais on a des années devant nous pour améliorer les choses.»



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