Martine Turenne et Carl Renaud
Agence QMI

Cara met la main sur Groupe St-Hubert

Martine Turenne et Carl Renaud

Dernière mise à jour: 31-03-2016 | 20h01

MONTRÉAL - La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) avait présenté une offre pour acquérir une participation minoritaire dans Les restaurants Rôtisseries St-Hubert.

L'institution financière a soumis sa proposition à la demande de Jean-Pierre Léger, le président du conseil et chef de la direction de Groupe St-Hubert. L'information a été confirmée à la chaîne Argent de TVA par le porte-parole de la CDPQ, Maxime Chagnon.

«Au cours des dernières années, la Caisse a exprimé à plusieurs reprises son intérêt à prendre une participation dans St-Hubert parce que c'est une bonne entreprise», a déclaré Maxime Chagnon au téléphone. Le porte-parole a cependant refusé de préciser les détails de l'offre que la Caisse de dépôt a présentée à Jean-Pierre Léger.

L'homme d'affaires a finalement décidé de céder toute l'entreprise à la société ontarienne Cara, propriétaire de plusieurs chaînes de restaurants, dont Chalet Suisse, Harvey's et East Side Mario, en retour de 537 millions $.

Selon nos sources, la direction de la CDPQ a appris mercredi que St-Hubert avait été vendue entièrement. D'ailleurs, la Caisse n'aurait pas été sollicitée en vue de soumettre une proposition pour acquérir 100 % de la compagnie.

Groupe St-Hubert exploite entre autres 117 restaurants, dont 108 à travers le Québec. Il détient aussi deux usines de production alimentaire, deux centres de distribution au Québec et un portefeuille immobilier composé de 28 propriétés.

Selon le président du conseil et chef de la direction de Groupe St-Hubert, Jean-Pierre Léger, la vente au groupe ontarien va permettre de faire croître «de façon importante» les usines de production et les ventes de produits alimentaires partout au Canada, puisqu'elles pourront fabriquer des produits sous les différentes marques de Cara.

Aimer son acheteur

En conférence de presse, le président et chef de la direction de St-Hubert a expliqué qu'avant de choisir Cara comme acquéreur, il a pris contact ces dernières années avec d'autres chaînes de restaurants au Québec pour connaître leur intérêt à cet effet.

Il affirme avoir reçu dix offres d'achat. «J'ai dit non. Il faut aimer les gens qui font l'offre. Ça n'était pas le cas», a-t-il confié.

«Pour moi, ce n'était pas seulement une question d'argent. Je voulais savoir ce qu'ils voulaient faire de St-Hubert. Il y avait aussi une compagnie américaine, et je voulais que St-Hubert reste canadien. Cara partage nos valeurs. Si St-Hubert avait été rien pour moi, j'aurais vendu au premier venu.»

En plus de la CDPQ, des contacts ont aussi été faits auprès d'Investissement Québec et du Fonds de solidarité FTQ.

«Ma principale préoccupation était d'assurer la pérennité du groupe St-Hubert, qui donne du travail à 10 000 personnes, de même que la croissance du Groupe», a insisté Jean-Pierre Léger.

Pas de garantie d'emplois

Les emplois chez St-Hubert seront-ils conservés ? «Je pourrais vous faire la chansonnette et dire: ah oui ! Mais la garantie d'emploi, on se la fait nous-mêmes», a répondu Jean-Pierre Léger. Si on continue d'innover et de travailler fort, c'est comme ça qu'on garantit nos emplois.

Si on ne performe pas, ça peut aller très mal.»

Les concurrents se bousculent aux portes. «Il faut se battre tous les jours pour conserver notre place au soleil.»

Aucune compagnie n'est éternelle, a rappelé Jean-Pierre Léger. «Et en général, les compagnies disparaissent à cause de leurs dirigeants.»

Le siège social de Cara est situé à Vaughan en Ontario, mais la compagnie indique qu'elle conservera le siège social de St-Hubert à Laval.

«Nous avons des garanties écrites», a fait valoir Jean-Pierre Léger. Mais il y en a tellement qui l'ont dit ! Regardez ce que Loblaws a fait avec Provigo. Ils ont vidé le siège social. Mais avec Cara, on a affaire à des gens intelligents. Quand ils ont acheté Keg, le siège social est resté à Vancouver.»

Pour M. Léger, cet engagement a toute son importance, alors que l'équipe de direction demeure en place et qu'elle se verra confier le soin de développer le portefeuille de produits au détail de Cara partout au pays.

À chaque chaîne sa saveur

Pour sa part, le président du conseil et chef de la direction de Cara, Bill Gregson, s'est dit enchanté «par l'acquisition de St-Hubert et par les synergies potentielles existantes».

«Le fait de combiner le meilleur des deux sociétés mènera à des économies d'échelle et devrait représenter un scénario gagnant-gagnant pour chacune d'entre elles et pour le Québec.».

M. Gregson assure qu'à la fois les restaurants Chalet Suisse et St-Hubert conserveront leur propre particularité.

«J'ai grandi en Ontario, alors pour moi, c'est le goût de Swiss Chalet qui a ma préférence !», a-t-il confié. «Et pour ceux qui grandissent au Québec, c'est St-Hubert qui a la cote d'amour.

Voilà pourquoi nous n'échangerons pas nos recettes ! Chaque chaîne gardera sa propre saveur.»

Du vin dans les restos

Jean-Pierre Léger veut également poursuivre un combat commencé il y a quelques années: permettre aux restaurateurs québécois d'avoir des permis d'alcool mixtes. «Ça permettrait à nos clients d'apporter leur propre bouteille de vin s'ils le veulent, ou de l'acheter sur place.

Présentement, c'est tout l'un ou tout l'autre.»

Plusieurs provinces canadiennes autorisent les permis mixtes, dont l'Ontario. « Je serai au ministère de la Sécurité publique, la semaine prochaine, pour en discuter », a révélé Jean-Pierre Léger. «J'espère que tôt ou tard, ça va débloquer.»

Le revenu disponible au Québec est le plus faible au pays, avec celui de l'Île-du-Prince-Édouard. «Les gens de la classe moyenne veulent continuer à aller au restaurant, mais une bouteille de vin, ça coûte cher, et ils n'ont plus les moyens.»

Pas d'acquéreur québécois

Selon l'analyste Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Jean-Pierre Léger s'est résolu à vendre à «son vieil ennemi Cara» après avoir cherché en vain un repreneur québécois.

«Pour Cara, c'est une aubaine pour rentrer dans le marché québécois avec St-Hubert», a-t-il commenté.

M. Nadeau craint toutefois que des activités du siège social de St-Hubert à Laval soient en partie transférées à Vaughan, alors que «le centre de décision va appartenir aux gens de Cara».

Quelques dates

St-Hubert, depuis 65 ans 1951: inauguration du premier restaurant St-Hubert à Montréal par les parents de Jean-Pierre Léger, Hélène Robillard et René Léger. Cet établissement a ouvert ses portes sur la rue St-Hubert à Montréal, d'où le nom de l'entreprise.

1965: l'entreprise compte cinq rôtisseries dans la région de Montréal. Cette même année, la sauce St-Hubert est commercialisée dans les épiceries.

1967: les Léger inaugurent deux rôtisseries sur le site de l'Exposition universelle de Montréal. La première franchise ouvre ses portes à Québec.

Les années 1970 sont marquées par une forte expansion. En 10 ans, le nombre de rôtisseries quadruple.

1979: l'Université St-Hubert accueille ses premiers étudiants. Ce centre de formation permet de transmettre les normes sur la qualité, le service et la propreté.

1990: Plusieurs innovations viennent enrichir les rôtisseries, soit le resto-bar Le St-Hub, la section des enfants et les terrasses.

1991: Jean-Pierre Léger prend la direction de l'entreprise avec sa sœur Claire.

1995: St-Hubert inaugure le premier St-Hubert Express, un restaurant de plus petite taille.
Au début des années 2000, St-Hubert exige de ses fournisseurs des poulets refroidis à l'air.

2010: St-Hubert introduit de nouveaux emballages complètement recyclables ou compostables.

2015: St-Hubert, qui est l'un des partenaires du Circuit électrique, annonce que des bornes de recharge pour voitures électriques seront présentes dans les stationnements de tous les restaurants d'ici la fin de l'année.

Jean-Pierre Léger détient les rênes du Groupe St-Hubert presque sans interruption depuis 1991. L'entreprise compte aujourd'hui plus de 10 000 employés.

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