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Dette: la marge de manœuvre «est une fiction comptable»

MONTRÉAL - La mesure utilisée par le gouvernement Trudeau pour comparer la dette du pays à celle d'autres pays du G7 ne trace pas un portrait fidèle de la réalité, a avancé l'Institut économique de Montréal (IEDM).

Selon le gouvernement, la dette nette du Canada est nettement plus faible que celle des autres membres du G7, ce qui lui donne une marge de manœuvre pour dépenser davantage et enregistrer des déficits. L'IEDM ne nie pas l'affirmation, mais il soutient que le gouvernement devrait plutôt utiliser la dette brute, dans ses comparaisons.

Ainsi, en utilisant la dette brute plutôt que la dette nette, l'endettement du Canada en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) passe de 38 % à 90 %, selon une note publiée jeudi par l'IEDM.

«La dette nette (...) fausse le portrait. L'utilisation d'une autre mesure, celle de la dette brute, montre un paysage fiscal bien différent», ont plaidé les économistes Mathieu Bédard et Youri Chassin.

La dette nette est la dette à laquelle ont été soustraits, par exemple, les actifs des régimes de retraite de la fonction publique, ou encore les liquidités que détient le gouvernement sous forme de dépôts, de dollars, ou tout autre actif financier monnayable.

«Le problème avec l'utilisation de cette mesure vient du fait qu'elle est essentiellement une fiction comptable», ont affirmé les économistes.

Ils expliquent que même en période de crise, l'État ne pourrait pas se défaire de ses actifs financiers pour rembourser sa dette puisqu'il a toujours besoin de liquidités pour ses opérations normales ainsi que pour provisionner les retraites futures de ses fonctionnaires.

«On imagine mal un gouvernement se rendre volontairement incapable d'assurer sa propre gestion pour cause de manque de liquidités et vendre les actifs des retraites de ses fonctionnaires afin de rembourser ses créanciers», ont-ils illustré.

Lorsqu'on compare la dette brute du Canada à celle d'autres pays, le Canada se retrouve à peu près alors très près de la moyenne des autres pays du G7, à un pourcentage légèrement moins élevé que celle de la France, par exemple.

«La marge de manœuvre importante que prétend avoir le gouvernement fédéral lorsqu'il compare le Canada aux autres pays n'existe donc pas et ne permet pas de justifier les importants déficits à venir annoncés dans le budget», ont écrit MM. Bédard et Chassin.

Le budget Morneau prévoit un déficit de 29,4 milliards $ pour l'exercice 2016-2017, «soit 1631 $ par contribuable imposable», a rappelé l'IEDM.

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