Marc-André Lemieux
Agence QMI

Le privé dénonce le «chèque en blanc» de Radio-Canada

Le privé dénonce le «chèque en blanc» de Radio-Canada

La maison de Radio-Canada.Photo Archives / Agence QMI

Marc-André Lemieux

MONTRÉAL - Les télédiffuseurs privés font front communs pour dénoncer les 675 millions $ accordés à Radio-Canada. Une subvention du gouvernement fédéral que TVA, V et Serdy qualifient de «chèque en blanc».

Mardi, le budget libéral confirmait un réinvestissement de 675 millions $ sur cinq ans pour «moderniser et revitaliser» Radio-Canada. Une mesure prise après plusieurs années de vaches maigres au cours desquelles les conservateurs de Stephen Harper ont vidé les coffres du diffuseur public, l'obligeant à procéder à plusieurs vagues de mises à pied.

Cette injection de fonds dans Radio-Canada fait craindre le pire aux chaînes privées, qui parlent d'une concurrence injuste. «On est très, très inquiet, a déclaré Julie Tremblay, présidente de Groupe TVA qui possède - outre TVA - CASA, LCN, TVA Sports, addikTV, MOI&cie, Yoopa, Prise 2 et Argent. Une somme de 675 millions $ donnée à Radio-Canada sans imputabilité aucune, c'est préoccupant, surtout quand Radio-Canada a accès aux mêmes fonds que nous, sans compter le crédit parlementaire de 1 milliard $ auquel nous n'avons pas accès.»

«Il faut avoir une discussion, a poursuivi Maxime Rémillard, président de Groupe V Média, propriétaire de V, MusiquePlus et MusiMax. On veut savoir où cet argent va être investi. On veut s'assurer que ça ne vienne pas concurrencer le secteur privé. Je dis oui à un diffuseur public en santé, mais pas au détriment du secteur privé.»

Danger de surenchère

Sans balises claires, ce «cadeau» des libéraux de Justin Trudeau menace la survie des plus petits joueurs du milieu, croit Sébastien Arsenault, président de Serdy, le groupe média derrière Zeste et Évasion. «Ça crée aussi une surenchère au niveau des ressources humaines. Quand mes créatifs se font proposer par Radio-Canada des salaires qu'on ne peut pas égaler, ils partent», a dit M. Arsenault.

Ce dernier craint aussi d'observer un phénomène de surenchère quand vient le temps d'acquérir des émissions faites à l'extérieur du pays. «Nos équipes de programmation vont avoir de plus en plus de difficultés à sécuriser des contenus, parce qu'avec ce supplément d'argent, Radio-Canada va toujours pouvoir nous "overbidder"», a-t-il expliqué.

Cette peur s'est déjà matérialisée, note Julie Tremblay de Groupe TVA. À titre d'exemple, elle mentionne le feuilleton américain UnREAL (Réellement), que Radio-Canada a récemment acquis «à gros prix» pour le diffuser sur ICI ARTV et ICI Tou.tv - Extra. Trois diffuseurs privés, dont V et TVA, étaient intéressés par UnREAL, nous dit-on.

«Je ne peux pas croire qu'on a perdu une série américaine à Radio-Canada, a dit Mme Tremblay. On sait que Radio-Canada a beaucoup dépensé pour avoir UnREAL. La même chose est arrivée avec Transparent, Revenge et Desperate Housewives... Ce sont des séries américaines qui devraient être réservées aux chaînes privées, mais qui atterrissent à Radio-Canada. Ce n'est pas normal. On devrait avoir des rôles complémentaires. Mais, en ce moment, on ne voit aucune différence entre Radio-Canada et nous.»

Équité menacée

À l'ère où de plus en plus de personnes résilient leur abonnement au câble au profit de solutions alternatives existant sur internet, les diffuseurs privés sont préoccupés. Le mot est faible.

«On subit des pressions énormes, a affirmé Maxim Rémillard. La compétition vient non seulement du numérique, mais des géants comme Netflix, qui eux, ne sont pas réglementés, ne doivent pas investir en contenus d'ici, n'emploient presque personne au Québec et n'ont aucune obligation de payer des taxes. C'est une concurrence déloyale d'un côté, et de l'autre côté, un diffuseur public qui vient de recevoir un montant massif pour les cinq prochaines années. On est inquiets.»

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