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Venezuela: hausse du prix de l'essence de 6000 %

Venezuela: hausse du prix de l'essence de 6000 %

Hausse du prix de l'essence, dévaluation de la monnaie et augmentation du salaire minimum.Photo Juan Barreto / AFP

Acculé par la crise économique, le président du Venezuela a été contraint d'augmenter fortement le prix de l'essence, la semaine dernière. Une mesure impopulaire et cosmétique selon les analystes, mais dont pourrait profiter l'opposition pour accentuer la pression sur le gouvernement.

Au cours d'un discours de plus de quatre heures, mercredi soir, Nicolas Maduro a annoncé une série de mesures: la hausse de plus de 6000% du prix de l'essence, qui était gelé depuis 20 ans, la dévaluation de la monnaie et l'augmentation du salaire minimum.

«Ce n'est même pas un peu la même chose, c'est pire!», a déploré jeudi Henry Ramos Allup, un des leaders de l'opposition anti-chaviste, désormais majoritaire au parlement depuis le mois de janvier, pour la première fois en 17 ans. Une situation nouvelle pour le pouvoir chaviste (du nom du défunt ex-président Hugo Chavez, 1999-2013), source de nombreux blocages institutionnels.

«Ici, rien ne va changer! La pénurie d'aliments et de médicaments va continuer. Nous sommes dans une crise humanitaire, et eux (le gouvernement) préfèrent que le pays meure de faim plutôt que de reconnaître que sans l'aide internationale nous ne pourrons pas sortir de ce trou insondable», a ajouté celui qui est président de l'Assemblée nationale.

L'opposition a décidé ces jours-ci d'accélérer la procédure pour faire partir le président socialiste, après l'instauration de l'état d'urgence économique dans ce pays asphyxié par la chute des cours du pétrole.

Le décret, qui accorde des pouvoirs étendus au président pour 60 jours renouvelables, avait été pris par Nicolas Maduro le 14 janvier, mais rejeté une semaine plus tard par le Parlement. Il avait malgré tout été validé par le Tribunal suprême de justice, réputé comme un allié du gouvernement chaviste.

L'opposition pourrait profiter de ce contexte pour accroître la pression. Dans un entretien jeudi au quotidien espagnol El Mundo, le leader de l'aile radicale de l'opposition Leopoldo Lopez, actuellement emprisonné, s'est dit convaincu qu'il ne restait que «quelques heures» au gouvernement Maduro.

Risques de manifestations

Confirmant le désastre économique, la Banque centrale du Venezuela a dévoilé jeudi des chiffres économiques catastrophiques pour 2015: le pays a enregistré une inflation de 180,9 %, une des plus élevées au monde, et un recul du PIB de 5,7 %, pour la deuxième année consécutive.

Au lendemain de l'annonce de la hausse de l'essence à partir de vendredi, de longues files étaient visibles la veille aux stations service de Caracas, a constaté l'AFP.

Le prix du carburant est un sujet extrêmement sensible dans ce pays pétrolier où l'essence, fortement subventionnée, était la moins chère du monde.

Les autorités semblent craindre un nouveau «Caracazo», du nom des émeutes meurtrières déclenchées en 1989 lorsque le gouvernement d'alors avait annoncé une hausse des prix à la pompe.

Chaque jour, ils sont déjà des milliers à faire la queue pendant des heures devant les supermarchés, pour acheter de la farine, du riz ou du café.

Signe de cette inquiétude, Nicolas Maduro a appelé au calme, au moment même où il faisait ses annonces «nécessaires». Autre signe de la fébrilité du gouvernement, lundi, le président a remplacé son ministre de l'économie Luis Salas, un mois seulement après sa nomination.

Diego Moya-Ocampos, expert du cabinet IHS à Londres, a indiqué sur Twitter que ces mesures «ne réduiront pas le fardeau des régulations et [qu'elles] vont accroître les risques de manifestations».

Pour Edward Glossop, analyste de Capital Economics, les mesures sont «trop faibles» et arrivent «trop tard» après «près de deux ans de crise économique sans la moindre réforme».

La hausse du prix de l'essence «est un pas dans la bonne direction, mais les nouvelles rentrées fiscales seront une goutte dans l'océan dans un contexte de déficit public proche de 25 % du PIB», juge Michael Henderson, analyste de Verisk Maplecroft.

Le pays sud-américain, autrefois riche producteur pétrolier grâce à ses réserves de pétrole les plus importantes au monde, est plongé dans une grave crise avec la chute des cours du brut, qui lui apporte 96 % de ses devises.

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