Martine Turenne
Agence QMI

Des emplois payants qui s'envolent chez Bombardier

Martine Turenne

Dernière mise à jour: 18-02-2016 | 19h22

MONTRÉAL - Bombardier annonçait mercredi la suppression de 2400 emplois au Québec d'ici deux ans. Des emplois rémunérés entre 70 000 $ et plus de 100 000 $ par année.

En octroyant 1 milliard $ de fonds publics à Bombardier, le 29 octobre dernier, le gouvernement du Québec a souligné l'importance de préserver les emplois de qualité chez le géant de l'aéronautique. Des emplois bien rémunérés, qui contribuent au trésor public. Le milliard $ investi sera ainsi compensé par les impôts payés par ces hauts salariés au fil des ans.

«Les milliers d'emplois qui sont maintenus, qui sont consolidés dans une filière importante pour le Québec comme l'aéronautique, c'est la base, le socle sur lequel on est capable d'avoir des revenus avec lesquels on finance les services publics», avait alors déclaré le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Exportation du moment, Jacques Daoust, rappelait que les avions CSeries fournissaient du travail à 1700 personnes au Québec. L'ensemble de l'activité économique du fabricant d'avions représente 2 % du PIB québécois.

Qu'en est-il aujourd'hui ?

La perte de ces emplois hautement rémunérés est dommageable pour l'ensemble de la société, a indiqué Eve-Lyne Couturier, chercheure à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

«On est dans une économie basée sur la consommation, a-t-elle rappelé. Ces emplois offrent une rémunération au-dessus de la moyenne, et le salarié consomme aussi au-dessus de la moyenne.»

Et pour l'État, c'est moins d'impôts, moins de taxes, moins de revenus.

La PME prend la relève, mais...

Les employés licenciés de Bombardier devraient retrouver un emploi dans l'une des 190 PME qui gravitent dans le secteur aéronautique, a dit Suzanne Benoît, présidente-directrice générale d'Aéro Montréal, la grappe qui regroupe les entreprises en aéronautique au Québec.

Ces emplois en PME sont-ils aussi intéressants que ceux offerts chez Bombardier? «Les emplois en aéronautique sont les mieux payés de tout le secteur manufacturier, a dit Suzanne Benoît. Mais c'est sûr qu'une PME n'offre pas les mêmes avantages, ni les mêmes salaires qu'une multinationale.»

Le syndicat dans le noir

De son côté, David Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association Internationale des Machinistes et des Travailleurs de l'Aérospatiale (AIMTA), ignorait toujours, jeudi, à quel moment débuteront les mises à pied et quelles catégories d'emploi seront touchées en premier.

En ce qui concerne les emplois délocalisés à l'étranger par Bombardier, le syndicat et l'employeur doivent se rencontrer mercredi prochain pour faire le point dans ce dossier, a indiqué David Chartrand.

Un secteur en santé

«L'aéronautique reste un secteur très dynamique», a dit Sylvain Lambert, directeur général du collège Édouard-Montpetit, et directeur de l'École nationale d'aérotechnique (ÉNA), qui forme des techniciens en maintenance d'aéronefs, construction aéronautique et technique d'avionique. L'école accueille quelque 1300 élèves et des centaines de techniciens en formation continue chaque année.

«C'est ce que j'appelle le syndrome Bombardier, poursuit-il: à chaque compression chez le géant de l'aéronautique, les gens croient que c'est tout le secteur qui s'effondre.»

«C'est un secteur cyclique, mais en croissance depuis 30 ans, a-t-il ajouté. Il n'y a pas qu'un joueur dans cette industrie. La majorité de nos finissants ne travaillent pas pour Bombardier. Leurs diplômes sont très en demande.»

Emplois syndiqués chez Bombardier

Voici une liste des catégories d'emplois et leurs salaires horaires chez Bombardier. Ces travailleurs vont normalement travailler 232 jours par année, selon David Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association Internationale des Machinistes et des Travailleurs de l'Aérospatiale (AIMTA).

Soudeurs, outilleurs:
30 $ de l'heure (en moyenne)
37 $ de l'heure (au sommet de l'échelle salariale)

Machinistes, contrôleurs, assembleurs, peintres d'avion:
29 $ de l'heure (moyenne)
34 $ de l'heure (sommet)

Magasinage, transport:
28 $ de l'heure (moyenne)
34 $ de l'heure (sommet)

Mécaniciens préenvol, techniciens en avionique:
35 $ de l'heure (moyenne)
40 $ de l'heure (sommet)

Les ingénieurs:
Selon la plus récente Enquête sur la rémunération de l'Ordre des ingénieurs du Québec 2015, les ingénieurs en aérospatiale, ceux-là mêmes qui travaillent sur les CSeries, gagnent en moyenne 111 400 $ par année. Bombardier embauche aussi, notamment, des ingénieurs mécaniques (95 000 $), électriques (99 200 $), ou industriels (102 800 $).

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