Jean-Paul Sarault
Agence QMI

Jean-Guy Talbot et l'incident Scotty Bowman

Les 100 ans du Canadien de Montréal - Jean-Guy Talbot et l'incident Scotty Bowman

Jean-Guy Talbot photographié le 1er juin 2007, à Ottawa.© LA PRESSE CANADIENNE / Paul Chiasson

Jean-Paul Sarault

La carrière de Jean-Guy Talbot a été ponctuée d'un incident regrettable, au printemps de 1952, dans les rangs juniors. Un incident qu'il préférerait oublier, mais qui le hantera probablement jusqu'à la fin de ses jours.

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«Je m'en souviens comme si c'était hier, rappelle l'ancien défenseur du Canadien. C'est arrivé le 6 mars 1952. Je jouais pour les Reds de Trois-Rivières de Jack Toupin, dans l'ancienne Ligue junior du Québec. Scotty Bowman venait tout juste d'être rappelé par le Canadien junior. Il s'agissait de l'un des derniers matchs du calendrier. Dans une descente à l'emporte-pièce, Bowman tenta de me contourner à la ligne bleue. J'ai voulu le cingler sur le bras pour lui faire perdre le contrôle du disque ou encore, ralentir sa course. Scotty a déjoué mes calculs en se baissant la tête et au lieu de l'atteindre au bras, je l'ai frappé sur le crâne.

«Bowman a été transporté d'urgence à l'hôpital pour y subir une intervention chirurgicale très délicate. Il s'en est heureusement bien tiré, mais on avait dû lui insérer une plaque dans le crâne. C'est pourquoi aujourd'hui, certains de ses amis (les vilains) le surnomment La Plaque. J'ai été suspendu un an pour mon geste et ce regrettable incident a failli compromettre ma carrière. Scotty n'a plus joué au hockey par la suite, mais a connu une carrière phénoménale comme entraîneur, étant certainement le meilleur coach de tous les temps», affirmait Jean-Guy, 75 ans, rencontré au Cap-de-la-Madeleine où il a toujours habité.

Bowman sans rancune

Talbot a toujours réalisé qu'il s'agissait d'un accident et il a toujours été réconforté du fait que Scotty pensait la même chose et ne lui en ait jamais voulu. «Les joueurs ne portaient pas de casque à l’époque et encore moins de visière. J'ai visité Scotty à l'hôpital. Il n'était pas de mauvaise humeur. Je me suis excusé et il a accepté mes excuses. Plus tard, alors qu'il dirigeait les Blues de St.Louis, il a obtenu mes services et j'étais content de jouer pour lui pendant trois saisons», affirme Jean-Guy Talbot.

Après sa suspension d'un an pour son geste, Talbot a repris où il avait laissé. Il a joué trois ans pour les As de Québec de Punch Imlach, avec Jean Béliveau comme coéquipier. Plus tard, il s'est retrouvé à Shawinigan, avec les Cataractes du gérant général Kenny Reardon qui ont tout gagné. «C'est Ken qui m'a recommandé au Canadien et qui m'a suggéré de porter son numéro 17, pour la chance», fait savoir Jean-Guy.

Avec le Canadien, le défenseur Jean-Guy Talbot a connu une glorieuse carrière, gagnant la Coupe Stanley à cinq reprises. Il a vécu ses meilleurs moments lors de sa première conquête du trophée tant convoité et de sa dernière: «La première coupe est toujours spéciale. La dernière, en 1966 je crois, c'était contre Détroit et nous avions perdu les deux premiers matchs pour remporter les quatre suivants. Ayoye! Tu ne peux pas oublier ça.»

«Nous avions un club paqueté, comme on dit, avec Harvey, Plante, Geoffrion, Béliveau, Moore, sans oublier les deux Richard. Mais jamais personne ne se prenait pour un autre. Sur la glace, en voyage, dans le vestiaire ou ailleurs, nous étions tous sur un même pied d'égalité. C'était réellement l'esprit de famille qui dominait et qui faisait la force du club avec, évidemment, le talent. Les gars ne gagnaient pas cher, mais donnaient toujours 100%. C'était, à l'époque, un honneur de porter le chandail Bleu-Blanc-Rouge.

«Aujourd'hui, les temps ont changé. Il est difficile de faire des comparaisons. Toutefois, je ne me gênerai pas pour dire que ce qui me déplaît le plus dans le hockey moderne, c'est le dompage de rondelle dans la zone ennemie et ensuite de courir après pour la récupérer. On dirait que les joueurs ne sont pas assez talentueux et bons manieurs de bâtons pour transporter le disque profondément en territoire ennemi. Toe Blake nous a toujours enseigné de conserver la rondelle le plus longtemps possible. Quand on l'a, l'adversaire ne l'a pas et ne peut marquer. Les Red Wings de Détroit, semblent avoir compris ça aujourd’hui», constate Jean-Guy Talbot.

A sa retraite, Jean-Guy a tenté sa chance comme entraîneur, mais avec des succès éphémères. Il a été coach et assistant-coach de plusieurs équipes, dont les Rangers de New York et les Blues de St.Louis dans la Ligue nationale, les Spurs de Denver de l'Association mondiale, etc. Ça explique pourquoi encore aujourd'hui, ses enfants habitent toujours aux États: Carolle à Austin, au Texas; Danny à Denver; Michel, à Massina, près de Cornwall.

Lorsque le temps est venu de rester au foyer auprès de sa belle Pierrette, Jean-Guy Talbot est devenu représentant O'Keefe, grâce à la courtoisie de Ronald Corey, alors l'une des têtes dirigeantes de la brasserie O'Keefe au Québec. Talbot a rempli ses fonctions durant une douzaine d'années.

Aujourd'hui, Jean-Guy Talbot prend les choses aisément. «Chaque jour, dit-il, représente un pas de plus vers l'éternité. Et l'éternité, y paraît que c'est long en ta... Alors, pourquoi s'énerver?»

Faudrait bien lui donner raison... cette fois.



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