Les grands Jeux

J.

 

Journal de Québec

Marcel Aubut ne changera jamais: think big, disait un autre visionnaire. Les résultats financiers des récents Jeux d'hiver de Turin ne sont pas encore connus, mais l'organisation de Salt Lake City, en 2002, avait coûté quelque deux milliards de dollars. On ne peut reprocher à quelqu'un comme M. Aubut d'avoir la foi pour transporter une montagne... si c'est pour le ski.

Ce dernier est toutefois incomparable. S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. On sait en effet que ce sont les villes qui parrainent les candidatures olympiques et non les gouvernements nationaux ou provinciaux. M. Aubut a réussi le tour de force de tenir une conférence de presse dans la salle du conseil de l'hôtel de ville de Québec, donc sous le toit de la mairesse Andrée Boucher, la plus farouche adversaire des candidatures de Québec en vue des Jeux de 2002 et de 2010, pour promouvoir la tenue à Québec du Congrès olympique canadien. Et il en a profité pour relancer, devant le président du COC, Michael Chambers, une éventuelle candidature de Québec pour les Jeux de 2018 ou de 2022. Il a ainsi créé l'illusion chez ses invités et dans certains médias que la Ville de Québec pouvait déjà «endosser» pareil projet. Mme Boucher devait manger ses bas !

Le plus drôle est que sa rencontre de presse était tenue en même temps que le ministre des Finances, Michel Audet, nous apprenait que nous avions enfin fini de payer le Stade olympique de Montréal, 30 ans exactement après les Jeux qui y ont été tenus.

Le pittoresque ancien président des Nordiques brasse toujours beaucoup d'air. Il plaide aussi simultanément pour le retour à Québec d'une équipe de la Ligue nationale de hockey et la construction d'un nouvel amphithéâtre de plus de 200 millions de dollars, dix ans après s'être enrichi avec la vente des Nordiques, parce qu'il était impossible d'assurer leur survie dans un petit marché comme Québec, ne comptant qu'une poignée de sièges sociaux.

La population de la région de Québec a essuyé de cruelles frustrations en 1995, quand les pontes du mouvement olympique, qui baignaient alors dans une corruption institutionnalisée, ont préféré Salt Lake City à Québec pour les Jeux d'hiver 2002. Puis, Vancouver a été choisie comme candidate canadienne pour 2010, au moment où le Canada anglais agitait le vieux spectre de la séparation possible du Québec. Des millions ont été dilapidés pour des préparations de candidatures dans des courses arrangées. Québec y servait seulement de faire-valoir pour les villes concurrentes.

Le but n'est pas de tuer le projet dans l'oeuf. Cependant, la première étape que M. Aubut doit respecter est de s'assurer d'un large appui populaire avant d'engager Québec de quelque façon. Pour ce faire, il lui faut d'abord fournir un inventaire des équipements nécessaires pour les diverses compétitions et une liste à jour de ceux qu'il nous faudrait construire ou acheter.

À ces documents, il faut évidemment joindre une évaluation crédible des coûts et des revenus possibles générés par l'événement et des bilans financiers des trois ou quatre récents Jeux.

Le coefficient de résistance à s'engager dans l'inconnu est très élevé dans la région de Québec. L'état des finances publiques est également à ce point désastreux déjà, et les citoyens sont si surtaxés, qu'il deviendra encore plus difficile de vendre un projet présentant de gros risques financiers. Les promoteurs sérieux ne peuvent plus s'adresser à la population comme s'il s'agissait d'une masse d'abrutis qu'ils peuvent appâter, titiller, avec des idées creuses, lancées pour mousser leur image populaire, et se retirer ensuite en invoquant la petitesse et l'étroitesse d'esprit des décideurs de Québec. Nous avons déjà joué dans ce film-là.


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