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Cyclisme

Rougemont, un an plus tard

Agence QMI 
Paul Rivard
09/05/2011 09h39 
 
 
Cyclisme - Rougemont, un an plus tard
Yvan Martineau 
© Éric Primeau


Le souvenir des trois cyclistes qui ont perdu la vie à Rougemont, il y aura bientôt un an, demeure bien présent dans l’esprit de tous ceux et celles qui pratiquent le cyclisme au Québec.

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Douze mois plus tard, on apprend que des feux de circulation seront – enfin - installés dans les environs du lieu de la tragédie. Par ailleurs, des cyclistes se font encore frapper et des automobilistes impatients continuent d’insulter ces nuisances en cuissards qui les retardent.

Si c’est par cette triste histoire de Rougemont que s’est cristallisé le problème de sécurité pour les cyclistes sur les routes et les artères urbaines, il reste que les habitudes, comme la nature humaine, sont lentes à changer.

Et chez nous, beaucoup plus qu’à l’étranger, comme le soulignent des spécialistes du vélo tels Marc-André Lebeau et Yvan Martineau.

Le premier est un ex-compétiteur devenu propriétaire de magasins de vélo et commanditaire d’équipes de compétition et d’événements caritatifs, alors que le second est un communicateur alternant depuis 30 ans entre le journalisme, la chronique écrite, l’animation ou la production d’émissions de vélo.

«Le partage de la route, le respect des automobilistes et les habitudes de conduite de ces derniers demeurent le grand problème et le Québec est bien loin derrière les autres pays comme l’Europe et les États-Unis» disent-ils à l’unisson.

Ces deux hommes concèdent d’entrée que les automobilistes ne doivent pas endosser toute la responsabilité et que bien des cyclistes auraient intérêt à se regarder dans le miroir quand vient le temps de «bien partager la route».

Il y a encore beaucoup de comportements répréhensibles chez eux et il y a plusieurs accidents qui auraient pu être évités. Mais en général, il est clair que c’est derrière le volant que le travail de sensibilisation devrait être dirigé... et compris.

Marc-André Lebeau ne peut plus garder ça en dedans. Non seulement se fait-il entendre, mais il a la ferme intention de sensibiliser les instances gouvernementales sur l’urgence de réagir. Quand on regarde le parcours de Lebeau, il faut concéder qu’il en connaît long sur la chose.

Membre de l’équipe nationale junior dès l’âge de 14 ans, il chevauche une bécane depuis 20 ans.

Propriétaire des deux magasins «Bicycles Quilicot» de la région de Montréal, ce jeune entrepreneur de 33 ans commandite deux équipes de vélo, dont une de haut niveau, en plus d’appuyer quelques randonnées caritatives, par le biais de support logistique, dont les «300 km pour la vie» au profit de la Fondation de la Cité de la santé de Laval, ainsi que le «Tour du Courage» au profit de Procure.

Malgré son expérience et les dizaines de milliers de kilomètres sur le bitume, il n’est pas tranquille.

«En toute honnêteté, j’ai la frousse souvent… presque tous les jours, en fait. Les gens en auto sont téméraires et passent très près des cyclistes en se disant ‘eux ils n’ont pas d’affaire là et nous on paie pour être sur la route’. Le but n’est pas de partir un débat sur le partage de la route ou une propagande en faveur du vélo.

«Pas de chicane... juste du respect. C’est le message que j’essaie de lancer» de dire Lebeau qui compte mettre sur pied, au cours de la prochaine année, un projet de sensibilisation en utilisant la puissance pyramidale des réseaux sociaux.

«Ça revient à une chose. Tout en recommandant aux cyclistes de faire leurs devoirs, je veux que les automobilistes cessent de prendre des risques quand ils croisent des cyclistes. Qu’ils acceptent d’aller moins vite et d’attendre. Les quelques secondes de ralentissement ne sont rien à côté des drames qu’ils pourraient causer.»

Imprudence en ville, vitesse sur les routes

Yvan Martineau, de son côté, utilise le vélo comme moyen de déplacement tout au long de l’année. Il trace un portrait encore plus sombre de la vie d’un cycliste urbain.

«Je roule tous les jours et sur un trajet de trois kilomètres, je vois au moins trois personnes qui parlent au cellulaire ou qui rédigent des textos en conduisant. Inutile de dire que le cycliste ne pèsera pas lourd advenant une fausse manœuvre de l’automobiliste.»

Plus que sur la route, beaucoup de ces conducteurs croient probablement que les cyclistes n’ont pas leur place sur la chaussée.

Martineau cite quelques chiffres de l’État du vélo en 2010, récemment publié dans Vélo Mag, «L’ensemble des cyclistes représente 54% de la population québécoise. Ils parcourent ensemble l’équivalent de 1,9 milliard de kilomètres chaque année. Ne venez pas me dire que nous ne faisons pas partie du paysage.»

Notre cycliste-reporter se rappelle ses nombreuses expériences sur les routes étrangères pour en arriver à cette conclusion : il est moins dangereux de rouler ailleurs.

«En Espagne ou en Italie, j’ai souvent grimpé un col avec un groupe de 25 personnes et nous prenions un côté de route au complet. À trois, quatre de large, à 8-10 km/hre, nous retardions un grand nombre de voitures, mais personne n’a klaxonné ou n’a montré de signe d’impatience.

«Il y a quelques semaines, en Arizona, réputé pour être un pays de «cow-boys» où les camionnettes et VUS sont rois et maîtres, nous roulions deux de larges sur la route et jamais un seul conducteur n’a protesté. Ils restent là, 50 pieds derrière le peloton et attendent que la voie soit libre pour nous dépasser calmement en nous saluant.»

Selon ce vieux routier, ce n’est pas la largeur de la bande cyclable, qui est le nœud du problème.

«Il faudrait diminuer les limites de vitesse sur les routes secondaires. Ou, du moins, il faudrait simplement les respecter, ces limites. Ici, la conduite est agressive et sportive et les véhicules roulent trop vite.»

Marc-André Lebeau, lui aussi, roule régulièrement sur les routes des États-Unis. Aucune comparaison avec le Québec, dit-il.

«On sait déjà qu’il est plus sécuritaire de rouler dans le Maine, le Vermont ou le Massachusetts que chez nous. Mais lorsque je suis allé rouler en Floride, ce printemps, je n’en revenais pas.

«Les lois ont été resserrées. Les automobilistes ont un respect phénoménal pour les cyclistes. De notre côté, on respectait les règles de circulation. Résultat, après 700 kilomètres en une semaine, nos vies n’ont jamais été en danger. Même pas proche.»

Doit-on imposer un «code de partage de la route»?

Pourrait-on imposer des contraventions aux cyclistes qui ne roulent deux par deux sur des routes secondaires, où le trafic est présent? Et comment réprimander ces conducteurs impatients, téméraires et hargneux?

Il est clair qu’avant de punir, il serait tellement plus facile d’éduquer et de se policer. Un défi aussi simple que gigantesque.


- 4 000 000 cyclistes québécois

- 54,5 % de la population québécoise fait du vélo

- De 25 à 35 % de la population des autres provinces canadiennes fait du vélo

- De 20 à 25 % de la population américaine fait du vélo

- 624 km est la distance moyenne parcourue annuellement par un cycliste québécois

- 1,9 milliard km est la distance globale parcourue annuellement par les cyclistes québécois

- 98 Cyclistes décédés dans un accident en 6 ans (moyenne de 16 par an)




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