Frank Cotroni s’éteint en liberté

Michel Auger - Journal de Montréal

Frank Cotroni, le dernier survivant des quatre frères qui ont marqué le monde criminel canadien durant un demi-siècle, est mort, hier matin à Montréal, des suites d’un cancer.

Depuis avril dernier, le mafioso de 72 ans avait fini de purger sa dernière peine de prison et n’était plus soumis aux diverses conditions de remise en liberté.

Il avait été baptisé du prénom de Santos mais c’est sous le pseudonyme de Frank qu’il a fait carrière.

Le criminel a toujours profité de la notoriété de son grand frère Vincenzo, qui lui était reconnu comme le véritable parrain de la mafia au Canada.

Frank Cotroni avait passé la majeure partie des trente dernières années en prison, au Canada comme aux États-Unis, pour des affaires de trafic de drogue et de meurtre.

Cancer
Il était atteint d’un cancer du cerveau depuis un an et les traitements médicaux n’ont pu lui sauver la vie.

C’est entouré de sa fille, chez qui il demeurait dans l’est de la ville, et de ses fils que le personnage bien connu est mort un peu après 7 h hier matin.

« Merci de vos marques de sympathie mais nous n’avons rien à dire à ce moment-ci », a déclaré Rosina Cotroni, les yeux en larmes, lorsqu’interrogée par Le Journal de Montréal. Son frère Francesco a dit apprécier la visite de sympathie mais a invité le journaliste à revenir plus tard.

« Laissez-nous vivre notre deuil en famille », a dit le fils du mafioso.

Le ton était poli mais ferme.

Ses recettes
L’an dernier, Frank Cotroni avait publié son livre de recettes de cuisine italienne.

Les Éditions Trécarré, filiale de Quebecor, n’avaient pu organiser de lancement car Cotroni n’avait pas le droit de parler aux journalistes.

Il finissait de purger sa peine de sept ans de prison imposée en 1997 pour trafic de cocaïne.

Auparavant, Cotroni avait, à deux reprises, été condamné aux États-Unis pour trafic d’héroïne et de cocaïne. En 1987, Frank Cotroni avait été condamné à huit ans de pénitencier pour le meurtre d’un informateur de police identifié au sein de son organisation.

Acquittements
Dans les années 1960 et 1970, le mafioso avait été acquitté dans deux fameuses affaires judiciaires.

Il avait été libéré de toute accusation relative au creusage d’un tunnel sous la chambre forte d’une banque de la rue Trans-Island.

Il s’était aussi tiré d’accusations d’extorsion en 1972 à Saint-Hyacinthe lorsque le restaurateur qui s’était plaint à la police a soudainement décidé de ne plus témoigner.

Le mafioso, tel que je l’ai connu

Frank Cotroni a été durant un demi-siècle un des personnages les plus suivis, écoutés et surveillés par la police de Montréal.

Depuis quarante ans que je suis journaliste, j’ai toujours connu Cotroni comme un individu plutôt discret quant à son gagne-pain et qui aimait la belle vie. C’était un personnage qui parlait beaucoup sans, toutefois, rien dire sur ses activités.

La première fois que je l’avais interrogé, il m’avait menacé en me disant que « j’avais les jambes un peu trop longues et que j’écrivais beaucoup trop ». À notre deuxième rencontre, il m’avait couru après durant… quelques pieds seulement.

Depuis, les relations du journaliste et du mafioso s’étaient améliorées.

Il parle
L’an dernier, j’avais eu l’occasion d’avoir trois grandes conversations avec lui.

Il parlait de sa maladie. Orgueilleux, il n’appréciait pas d’avoir de la difficulté à marcher.

Il n’aimait pas non plus être vu avec des dizaines de kilos en trop.

« Je ne veux pas qu’on me voie comme je suis rendu aujourd’hui », disait-il pour expliquer son refus d’accorder des entrevues.

Il a souvent été coincé par la police grâce à des informateurs ou des délateurs.

C’est grâce à l’un de ses hommes de main, Réal Simard, que la police avait pu épingler Cotroni pour meurtre.

Un duel
Pendant des années, le lieutenant-détective Mario Latraverse avait dirigé les enquêtes sur Cotroni.

C’était presque devenu un concours entre le policier et le bandit. C’est le policier qui aura gagné.

Depuis son départ de la police, M. Latraverse est devenu un des responsables de la boxe au Québec.

Fanatique de boxe
Cotroni était l’un des plus fanatiques amateurs de boxe. C’est Cotroni qui avait aidé financièrement les fameux boxeurs Hilton au début des années 1980.

« J’ai toujours cru que les petits Hilton avaient besoin d’aide », disait Cotroni l’an dernier.

Toutefois, malgré le coup de pouce du bandit, qui n’avait apparemment que de bonnes intentions en portant assistance à Davey Hilton et ses frères, les pugilistes ont bien mal tourné.

Cotroni avait aussi misé beaucoup d’espoir dans le boxeur Eddie Melo de Toronto. Celui-ci, après avoir fait son chemin dans le ring, est devenu homme de main pour Cotroni. Melo a été assassiné l’an dernier à Toronto.


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