La place du Québec n'est pas une priorité

MONTRÉAL - Justin Trudeau, candidat à la direction du Parti libéral du Canada, estime que les enjeux constitutionnels liés à la place du Québec dans le Canada représentent un vieux débat.

En entrevue à l'émission «Larocque Lapierre» de TVA, le député de Papineau ne croit pas qu'enchâsser officiellement la notion de nation québécoise dans la constitution est nécessaire, même s'il reconnaît le Québec comme une nation. «En quoi un francophone de Saint-Boniface devrait être moins protégé qu'un Québécois de Québec?» a-t-il dit demandé.

Rouvrir le débat sur la constitution n'est tout simplement pas une priorité pour Justin Trudeau.
La constitution n'est pas un sujet qui intéresse les Canadiens et les Québécois, a-t-il expliqué. «À part les politologues, les politiciens et les journalistes, il n'y a personne qui parle de ça dans la rue. C'est des vieux débats. (...) Les gens parlent de santé, d'emploi, d'économie. On n'est pas préoccupé par la constitution.»

En fait, il ajoute que la quasi-disparition du Bloc québécois à Ottawa est un signe que les Québécois veulent du changement. «Si jamais le Parti libéral du Canada revient en force au Québec, c'est que cette division a été réparée et on pourra passer à autre chose », a affirmé M. Trudeau.

Il estime toutefois important d'être vigilant et de protéger la langue française et la culture québécoise.

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Registre des armes à feu

Justin Trudeau a aussi tenté de clarifier sa position sur le registre des armes à feu qui avait semé la controverse après qu'il eut semblé être en faveur de son abolition.

Justin Trudeau a défendu sa déclaration, affirmant qu'il s'agit d'un sujet complexe et que ses opposants n'ont pas saisi les nuances de son message. «C'est plus facile d'attaquer, plutôt que d'apprécier une position un peu plus difficile», croit-il.

Maintenant que le registre n'existe plus, il ne serait pas idéal, pour le moment, d'essayer de le ramener, a expliqué Justin Trudeau.

«Je me suis battu pour ce registre. J'ai voulu qu'on puisse le garder, convaincre les gens de l'Ouest, des régions rurales qu'il fallait le garder. Maintenant, c'est disparu. Il va falloir forcément qu'on trouve une façon de protéger les Canadiens et réduire les violences faites aux Canadiens avec des armes à feu, sans trop diviser le pays.»

Il rappelle qu'aucun autre candidat à la direction du PLC n'a annoncé son intention de ressusciter le registre.

Justin Trudeau déplore le fait que Stephen Harper ait utilisé le registre pour «diviser le pays, pour obtenir des votes».

«Les conservateurs ont choisi d'en faire un enjeu qui divisait profondément, pour ruiner les libéraux en régions rurales. Ils ont exploité les différences entre les citoyens ruraux et urbains pour avoir un avantage politique sans miser sur le fait que nous voulons tous une réduction de la violence», a-t-il dit.

«Ce n'est pas vrai que des gens en Alberta ou ailleurs sont en faveur de la violence, qu'ils veulent avoir des fusils partout», a-t-il ajouté.

Confiant de remporter la course à la direction, Justin Trudeau espère relancer le parti de son père, l'ancien premier ministre Pierre-Elliot Trudeau.

Il considère le nom Trudeau comme un atout, mais aussi comme un désavantage. Ainsi, il doit réussir à convaincre les Canadiens qu'il n'est pas exactement comme son père, même s'ils partagent les mêmes valeurs fondamentales. «Mon défi a toujours été d'aller au-delà des impressions que les gens ont de moi pour présenter mes positions, mes valeurs et tout faire pour rassembler.»

Mais, le «jeune Trudeau a la compétence du vieux Trudeau», a-t-il précisé.

Réactions

Pour le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, Justin Trudeau défend des positions qui évoquent un certain dédain du peuple québécois.

«Dans l'ensemble, il y a un peu de mépris dans l'œil de M. Trudeau. Ce sont les intérêts du Canada d'abord et avant tout», a-t-il lancé après avoir visionné l'émission.

Mais qu'à cela ne tienne! Un récent sondage Léger Marketing -Le Devoir -The Gazette, dévoilé samedi, a indiqué que le PLC avec à sa tête Justin Trudeau récolterait 28 % des intentions de vote au Québec, contre 16 % pour son rival dans la course à la direction du parti, Marc Garneau.

Selon un expert en relations publiques de l'UQAM, Bernard Motulsky, malgré que le candidat vedette ait réussi à rattraper certaines erreurs commises dernièrement, il reste tout de même sous la loupe de plusieurs.

«Même si ce sont des déclarations qui sont malheureuses et qu'il a fallu qu'il explique après, il a quand même réussi à attirer l'attention. Ce qui est difficile, c'est [de savoir] quand est-ce qu'il va aller trop loin?» a-t-il expliqué.

Il reste un peu plus de quatre mois à la course à la direction du PLC qui culminera par un vote le 14 avril prochain.



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