QUÉBEC - Un accord négocié entre le gouvernement Charest et les fédérations étudiantes semblait encore possible mardi, à la suite de leur rencontre avec la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, à Québec.
Les porte-parole des quatre associations étudiantes se sont dits «encouragés» par la teneur des échanges qu'ils ont eus avec la ministre au cours de cette rencontre qui a duré 70 minutes. Des compromis ont été proposés, dont l'idée d'imposer un moratoire sur l'augmentation des droits de scolarité, une suggestion qui a maintes fois été évoquée au cours des dernières semaines.
«Nous espérons que le conseil des ministres se montrera ouvert à nos compromis [...] Mme Courchesne nous a garanti que les canaux de communications resteraient ouverts. C'est pour ça qu'on s'attend à être convoqués de nouveau», a déclaré le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. La nature des autres compromis proposés par les étudiants n'a pas été dévoilée.
Incompréhensions dissipées
«La CLASSE sort de cette rencontre relativement satisfaite, les discussions ont été cordiales avec Mme Courchesne. On a défait certains flous, certaines incompréhensions qu'il y avait eu avec Mme Beauchamp (Line)», a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois. La ministre aurait rassuré les étudiants en écartant l'annulation de la session d'études ainsi que l'échec automatique pour les grévistes.
Les quatre leaders étudiants resteront disponibles mercredi pour de nouvelles rencontres de négociations.
Pour sa part, la ministre Courchesne n'a pas fait de déclaration et fera un compte-rendu de sa rencontre avec les étudiants, mercredi, au conseil des ministres. Plus tôt en journée, mardi, la ministre de l'Éducation avait prévenu que les étudiants devraient faire des compromis.
«Il faut que toutes les parties fassent leur bout de chemin. Nous avons fait le nôtre. Je verrai si les associations étudiantes feront le leur», a déclaré Mme Courchesne, qui a aussi reçu, en milieu d'après-midi, les dirigeants des réseaux des cégeps et des universités ainsi que Laurent Proulx, porte-parole du Mouvement des étudiants responsables du Québec.
Loi spéciale?
Le gouvernement Charest étudie «plusieurs options», a-t-on appris. L'adoption d'une loi spéciale forçant le retour en classe des étudiants a été discutée au caucus des députés libéraux. La possibilité de permettre que la session d'études collégiales dure moins que les 82 jours prescrits a été envisagée, de même que l'obligation pour les cégeps et les enseignants de donner les cours aux étudiants qui veulent bien y assister.
Le gouvernement semblait déterminé à en finir avec ce conflit qui dure depuis 14 semaines et qui lui a fait perdre une ministre. «Comme moi, la population dit : assez, c'est assez! Il y a des groupes radicaux qui systématiquement veulent déstabiliser l'économie de Montréal. Ce sont des groupes anticapitalistes, marxistes, ça n'a rien à voir avec les frais de scolarité. Il y a aussi une perte de contrôle quand on voit des groupes d'étudiants radicaux qui utilisent l'intimidation et la violence. Je pense qu'il faut que ça arrête», a déclaré le ministre des Finances, Raymond Bachand.
«Il est temps qu'on arrête de niaiser»
QUÉBEC - «Il est plus que temps qu'on arrête de niaiser et qu'on parle des vraies affaires», avait prévenu Gabriel Nadeau-Dubois de la CLASSE, quelques minutes avant de rencontrer la ministre Michelle Courchesne.
Parler des vraies affaires, ça signifiait discuter de l'augmentation des droits de scolarité, «le coeur du problème», a rappelé M. Nadeau-Dubois.
Interrogée au sujet d'un éventuel ultimatum imposé par le gouvernement, Jeanne Reynolds, aussi de la CLASSE, en a remis. «Ça fait plus de trois mois qu'on est en grève. S'il y a un ultimatum à lancer, c'est plus de la part des étudiants envers le gouvernement, qui doit prendre ses responsabilités.»
La CLASSE ne craint pas l'adoption d'une loi spéciale, a soutenu Gabriel Nadeau-Dubois. «Ça serait ignoble de la part du gouvernement de forcer un retour en classe par une loi spéciale. Ce serait un retour en arrière», a-t-il dit. L'idée d'annuler les sessions d'études a tout de même commencé à circuler dans les rangs des étudiants grévistes, a ajouté M. Nadeau-Dubois.
Par ailleurs, le Mouvement des étudiants responsables du Québec (MERQ) est entré dans le balai médiatique, mardi. Son porte-parole, Laurent Proulx, rencontrait la ministre Courchesne en milieu d'après-midi.
«Notre discussion a porté sur la situation des étudiants pris en otage dans le boycott. On a fait des représentations pour expliquer ce que ça représente de ne pas aller à ses cours. On a parlé de la situation des finissants dans les cégeps et universités et de la situation des athlètes au cégep, dont l'admission dans les équipes universitaires est compromise», a exposé M. Proulx à l'issue de sa rencontre d'une demi-heure avec Mme Courchesne.
Le MERQ tenait à marquer cette journée de la présence du «mouvement vert» pour faire contrepoids aux étudiants en grève qui arborent le carré rouge. «C'était important pour nous de faire ça aujourd'hui», a précisé M. Proulx.
Au sujet de la hausse des droits de scolarité, les «verts» n'ont pas de position collective sur ce qui est au coeur du conflit. Les verts revendiquent le droit d'assister à leurs cours et de compléter leur session d'études.