Mark Carney sera millionnaire à Londres


Huguette Young

Dernière mise à jour: 26-11-2012 | 11h19

OTTAWA - Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a été attiré à Londres avec une rémunération qui frise les sept chiffres en dollars canadiens, révèlent divers médias britanniques, en réaction à la nomination du Canadien à la tête de la Banque d'Angleterre.

En incluant divers avantages sociaux, M. Carney devrait recevoir une rémunération annuelle de 625 000 livres sterling, soit environ 993 288 $ dollars canadiens. Un remboursement des frais de déménagement de M. Carney pourrait s'ajouter à ce magot.

Cette somme représente plus que le double du salaire du gouverneur sortant de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, qui recevait annuellement 305 000 livres sterling (485 434 $), un salaire gelé à sa demande expresse depuis 2010.

Soulignons toutefois que M. King profitait d'un régime de retraite exceptionnellement généreux, en vertu duquel il devrait recevoir une rente annuelle de 200 000 livres sterling jusqu'à la fin de ses jours.

Si M. Carney avait pu accéder à ce régime de retraite (fermé aux nouveaux entrants depuis 2007), sa rente de retraite aurait valu 300 000 livres sterling par année, estime la BBC, ce qui ramène la rémunération totale des deux hommes de finances à peu près au même niveau.
Dans ses fonctions actuelles de gouverneur de la Banque du Canada, M. Carney a touché un salaire entre 431 800 $ et 507 900 $ au cours de la dernière année.

Un porte-parole de la Banque, Alexandre Deslongchamps, a expliqué que ce salaire excluait les avantages sociaux et la rente de retraite.

«La rémunération globale comprend en outre la participation aux régimes de pension et de soins médicaux et dentaires de la Banque», a-t-il écrit par courriel.

Dans le cas de M. King, la valeur de sa rente de retraite représentait autant que 70 % de son salaire annuel, selon la BBC.

Une surprise

À la surprise générale, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a été nommé gouverneur de la Banque d'Angleterre pour un mandat de cinq ans à compter du 1er juillet.

«Mark Carney est le meilleur candidat pour le poste de gouverneur de la Banque d'Angleterre et il va aider à orienter la Grande-Bretagne en ces temps économiques difficiles», a indiqué le chancelier de l'Échiquier George Osborne dans un communiqué. Il est tout simplement la meilleure personne, la plus expérimentée et la plus qualifiée du monde pour faire ce travail.»

En plus de son rôle central dans la politique monétaire, la Banque d'Angleterre s'est vu confier la responsabilité de la régulation du système financier, l'objectif étant de ne pas répéter les erreurs de la dernière décennie. M. Carney est vu comme étant le «candidat idéal» pour mener à bien ces réformes, a ajouté M. Osborne. Il succède au gouverneur sortant Sir Mervyn King.

Lors d'une conférence de presse, en présence du ministre des Finances Jim Flaherty, à Ottawa, M. Carney a expliqué que cette décision s'était avérée difficile. Mais en fin de compte, il a opté pour la Banque d'Angleterre, a-t-il expliqué, parce que l'économie canadienne est sur la bonne voie alors que les économies britannique, européenne et mondiale traversent une «période critique» et qu'une réforme du système financier mondial s'impose.

Redressement de la Grande-Bretagne

M. Carney veut s'attaquer au redressement de la Grande-Bretagne et au relèvement de Londres, capitale financière mondiale. Il veut aussi redorer le blason de la Banque d'Angleterre qui a hérité de nouvelles responsabilités. Il demeurera à la tête du Conseil de stabilité financière, une nomination convoitée du G20.

Ému, le ministre Flaherty en avait presque les larmes aux yeux. Le départ de M. Carney se fera sentir, a-t-il souligné. Il s'agit de la première fois que la Banque d'Angleterre, en ses 318 ans d'existence, recrute à l'extérieur du pays pour pourvoir ce poste stratégique, a précisé M. Flaherty. La meilleure preuve, a-t-il enchaîné, que le système financier et budgétaire canadiens «servent de modèle au monde entier».

M. Carney a déjà tissé des liens serrés dans la capitale britannique, y ayant vécu pendant 10 ans. Son épouse est d'origine britannique, ses enfants, tout comme elle, ont la nationalité britannique et canadienne. Il a fait le tour des marchés de capitaux soit à Tokyo, Hong Kong, Londres et New York. Bilingue, il détient un doctorat en économie de l'Université d'Oxford, en Angleterre. Il a été sous-ministre adjoint au ministère des Finances et cadre à Goldman Sachs pendant 13 ans.

Un CV «unique»

Bref, un CV «unique», croit le professeur Ian Lee de l'Université Carleton, qui pourrait facilement mener M. Carney un jour à la tête du Fonds monétaire international «lorsque Mme Christine Lagarde aura terminé son mandat.» Il n'a que 47 ans.

La nomination de M. Carney a été saluée par les partis d'opposition à Ottawa et les quotidiens étrangers.

M. Carney qui «parle parfaitement le français» pourra «facilement se couler» dans le moule, avançait le quotidien Le Monde lundi.

Quant au successeur de M. Carney à la Banque du Canada, le nom de Tiff Macklem, premier sous-gouverneur, circule.

Bilingue, compétent, il est très qualifié, croit M. Lee, «mais il n'a pas la stature ni le charisme» de Mark Carney.


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