MONTRÉAL – Des personnes défavorisées et des groupes prenant leur défense réclament la création d'un tarif réduit de transport en commun à Montréal. Il s'agirait là d'un outil pour briser l'isolement et favoriser le retour au travail.
L'accès au transport collectif, « c'est quelque chose d'essentiel pour les gens à faibles revenus. Tant pour vivre que pour essayer de s'en sortir », a expliqué Denis Chicoine, responsable de dossier à la défense des droits au Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec.
L'organisme milite depuis plusieurs années dans l'espoir de voir la situation changer. Un tarif mensuel oscillant autour des 22,25 $ — plutôt que les 75,50 $ en vigueur — lui semble plus raisonnable.
Face au coût de la vie qui grimpe rapidement, plusieurs démunis choisissent d'éviter tout simplement de se déplacer, a indiqué M. Chicoine. « Cet isolement les empêche de sortir de la pauvreté, par exemple, en participant aux cours d'alphabétisation qu'on offre », a-t-il dit.
« Avec les loyers à Montréal et le prix du panier d'épicerie qui monte, c'est un six dollars [c'est-à-dire deux fois le tarif unitaire] que tu n'as pas avec l'assistance sociale », a souligné Denis Chicoine.
Les tarifs en vigueur « favorise une plus grande exclusion sociale des gens qui ont un statut précaire chez nous puisque le prix à l'unité est parmi les plus élevés », a fait savoir de son côté Normand Parisien, directeur de l'organisme Transport 2000.
Un étudiant en alphabétisation, Laurent, a indiqué que prendre le transport collectif, « c'est de l'argent que tu n'as pas pour manger ». Cet homme d'âge mur, bien fier d'apprendre à lire depuis quelques années, a confié toutefois qu'il s'absentait de ses cours lorsque la fin du mois approche, incapable de prendre les transports en commun.
Une résidante de Notre-Dame-de-Grâce est du même avis : « Je vis sous le seuil de la pauvreté, a dit Carole Malet. Prendre l'autobus, ça arrache beaucoup à mon budget. » Impossible pour cette femme de 51 ans d'aller appliquer pour un emploi ou même à la banque alimentaire, elle ne peut se permettre l'autobus pour s'y rendre.
« J'ai aussi négligé longtemps d'aller chez le médecin et le dentiste pour cette raison, a-t-elle ajouté. Sans tarif réduit, nous autres, on reste toujours au fond de l'abysse.»
Expérience française
Depuis 2007 dans la région de Paris, les personnes percevant l'équivalent de l'assistance sociale au Québec prennent gratuitement les transports collectifs. « C'est faisable, ça existe ailleurs », a souligné M. Chicoine.
La Société de transport de Montréal (STM) a indiqué que les prix offerts sont parmi les plus bas en Amérique du Nord.
Un tarif réduit pour les personnes démunies ne fait pas partie des plans de la STM pour l'instant. « Si le gouvernement du Québec dit que le transport est une mesure sociale, on verra », a dit la porte-parole Isabelle Tremblay.