C'est ce qui ressort d'un rapport «secret» du Centre Intégré d'évaluation des menaces (CIEM) rédigé en janvier 2007 et obtenu par Le Journal de Montréal grâce à la Loi d'accès à l'information.
Bien que déjà documenté en Europe notamment, il s'agit d'un «phénomène récent» au Canada, convient Manon Bérubé, porte-parole du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS).
«Le Canada n'échappe pas au phénomène du terrorisme d'intérieur qui consiste à endoctriner [...] et à inciter à embrasser l'idéologie violente d'Al-Qaïda», commente la porte-parole.
Intitulé «Menace que font peser les conversions à l'islam radical dans les prisons canadiennes», le rapport considère que la «facilité relative» avec laquelle les détenus peuvent «se déclarer musulmans» est «alléchante».
Le document révèle que «59% des détenus inculpés d'une infraction liée au terrorisme» sont mélangés aux autres prisonniers.
La proportion restante est placée en isolement, «le plus souvent pour leur propre protection plutôt que dans le cadre d'une mesure antiterroriste», lit-on dans ce rapport de 13 pages.
On y rappelle que des études menées ailleurs dans le monde démontreraient que les détenus convertis à l'islam radical «semblent maîtriser leurs émotions,mais sont rongés par la colère et le ressentiment».
Filtrage de sécurité
Ces «radicaux se servent souvent de leur charisme pour influencer les autres» [détenus], rappellet- on. Un «facteur humain» maintes fois évoqué dans plusieurs autres rapports du SCRS consacrés au processus complexe de radicalisation.
Les musulmans, tout comme les autres groupes religieux, peuvent recevoir les services des 116 aumôniers fédéraux à contrat. Le CIEM note que «dans certaines prisons canadiennes, les détenus sont autorisés à diriger les prières musulmanes et à jouer un rôle de premier plan au sein des groupesmusulmans».
Enfin, de larges portions de ce document s'intéressent au filtrage de sécurité des aumôniers dans les prisons, et aux programmes de bénévolat et de visites. Mais ils sont si censurés qu'il est impossible d'en découvrir les conclusions.
En 2006, la police française s'est aussi penchée sur la question. Une des causes identifiées était la sous-représentation «cruelle» d'aumôniers musulmans dans les prisons, laissant ainsi le champ libre à des détenus transformés en «prêcheurs enflammés».