Armés de pots stérilisés pour l'échantillonnage, Daniel Green et son équipe du programme RIVE descendent au fleuve. Déjà, une forte odeur de gaz émanant de la terre se fait sentir.
Sur la rive, plusieurs roches sont complètement recouvertes d'une épaisse couche de graisse noire.
Au seul contact du roc lors des déplacements sur les lieux, les gants de latex blancs portés par l'équipe du Journal se couvrent de taches jaunâtres.
Et sur l'eau, on constate l'éclosion de petites bulles qui libèrent des nappes d'huile aux couleurs de l'arc-en-ciel flottant à la surface.
Des boudins de rétention, servant à capturer les hydrocarbures dans l'eau, gisent sur le roc, quelques pieds au-dessus du niveau du fleuve, qui est particulièrement bas lors de l'échantillonnage effectué hier matin.
Les substances toxiques, qui devraient être circonscrites dans une estacade de quelques mètres carrés, passent sous la jupe de plastique haute de moins de deux pieds et se perdent dans les courants fluviaux. On peut voir à l'oeil nu les moirures d'huile qui se retrouvent de l'autre côté de l'estacade.
«C'est désastreux, ce qui se passe ici ; le déversement est continuel, 365 jours par année, et rien n'est fait pour empêcher cette pollution éhontée», déclare Daniel Green, découragé.
La situation est d'autant plus déplorable que le problème est connu depuis le début des années 1990 par la Ville, propriétaire de l'endroit, et par le ministère de l'Environnement. Le dossier s'est rendu jusqu'à la Commission de coopération environnementale de l'ALENA.
«J'ai fait moi-même plusieurs plaintes, dit avec rage Daniel Green, mais rien de ce qui n'est fait ne permet de stopper le déversement de cette soupe toxique provenant de l'ancien dépotoir du Technoparc. Et en 2007, on est toujours aux prises avec ce problème alors qu'on songe à construire une piste cyclable ici même!»
LES OBJECTIFS
Le Programme RIVE, instauré par la Société pour Vaincre la Pollution (SVP), le Sierra Club et la Coalition Eau Secours, vise à créer un réseau de citoyens qui échantillonneront les cours d'eau du Québec afin de lever des alertes en cas de contamination bactériologique.
Le programme RIVE souhaite également effectuer des échantillonnages sur divers cours d'eau pollués par des déversements sauvages. Les citoyens sont invités à dénoncer toute source de contamination de l'eau sur le territoire.
Les données seront compilées par la SVP et serviront à créer une carte interactive permettant de connaître la qualité des cours d'eau du sud du Québec.