Alerte au suicide dans le Grand Nord

Marco Fortier
Le Journal de Montréal

Le suicide est devenu la première cause de mortalité dans le Grand Nord du Québec, au point où un Inuit adulte sur cinq tente de se tuer au moins une fois dans sa vie, révèle une étude qui sonne l'alarme sur le désespoir du Nunavik.

Cette grosse misère dans le Grand Nord est provoquée par les abus d'alcool et de drogue et la violence, qui prennent des proportions inquiétantes, révèle le rapport préliminaire d'une vaste enquête sur la santé dans le Nunavik.

Pour ajouter encore plus à ce sombre tableau, les gens poqués du Nunavik manquent d'aide et se font souvent traiter par des travailleurs de la santé qui ont eux aussi des problèmes de drogue ou d'alcool.

«La lutte au suicide est notre priorité majeure. Tout est lié. Les abus d'alcool, de drogue et la violence provoquent un traumatisme évident», a indiqué hier Jeannie May, directrice exécutive de la Régie régionale de santé du Nunavik, à Kuujjuaq.

Signal d'alarme

Mme May a eu un choc en prenant connaissance, le mois dernier, des résultats préliminaires de l'enquête Qanuippitaa sur la santé des Inuits, menée par l'Institut national de santé publique du Québec.

Plus du tiers des adultes du Nunavik pensent sérieusement au suicide et 21 % tentent de s'enlever la vie au cours de leur existence, révèle l'étude. Le suicide est ainsi la première cause de mortalité dans le Grand Nord, selon l'enquête.

Le Nunavik est reconnu comme la région où les gens se suicident le plus au Québec, avec un taux de 70,7 suicides pour 100 000 personnes, comparativement à une moyenne de 19,1 pour la province, de 1994 à 1998, selon l'Institut national de santé publique.

Les statistiques peuvent induire en erreur à cause du faible nombre d'habitants (10 000 au Nunavik), mais tous les gens interrogés par le Journal s'entendent pour dire que le suicide dans le Nord devient une catastrophe.

L'abus de drogue a aussi augmenté depuis la dernière enquête du genre, en 1992. Une majorité de 60 % de la population du Nunavik a déclaré faire usage de drogue, surtout la marijuana. Mais la cocaïne est aussi présente, selon l'enquête.

L'alcool cause encore plus de problèmes malgré les restrictions sur la vente de bière, de vin et de spiritueux dans les 14 villages du Nunavik : la moitié des adultes de la région déclarent boire trop et trop souvent.

La bonne nouvelle, c'est que la vaste majorité des répondants affirment être fiers d'être Inuits, 70 % se considèrent en bonne santé et 80 % sont satisfaits de leur vie.

  • Cette enquête est basée sur des entrevues menées en septembre 2004 auprès de 1061 Inuits. Les chercheurs de l'Institut national de santé publique du Québec, de l'Université Laval et du Département de santé publique du Nunavik ont effectué leur tournée à bord du brise-glace Amundsen.


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