Son petit ami s'exprime pour la première fois

Étudiante

Les policiers ont inspecté ce bus, peut-être celui où le drame a eu lieu. Photo AFP


Rupam NAIR

Dernière mise à jour: 04-01-2013 | 21h01

NEW DELHI - Le petit ami de l'étudiante violée dans un autobus à New Delhi le 16 décembre, décédée samedi des suites de cette agression qui a profondément choqué le pays, a évoqué vendredi pour la première fois la «cruauté» des assaillants et son traumatisme de n'avoir pu la sauver.

«Que puis-je dire ? On ne devrait plus jamais voir la cruauté que j'ai vue. J'ai essayé de lutter contre les hommes mais après je les ai suppliés encore et encore de la laisser», a confié à l'AFP le jeune homme de 28 ans dans un entretien par téléphone depuis Gorakhpur, une ville de l'Uttar Pradesh où il se trouve provisoirement au domicile de ses parents.

Alors qu'ils revenaient du cinéma et venaient de se faire éconduire par plusieurs rickshaws, les deux jeunes sont montés à bord d'un autobus habituellement destiné au ramassage scolaire mais qui était occupé par un groupe d'hommes ayant pris le véhicule pour une «virée nocturne» dans la capitale fédérale.

Une fois à l'intérieur, lui a été agressé tandis que sa petite amie, âgée de 23 ans, a été violée à plusieurs reprises, y compris par le chauffeur, agressée sexuellement avec une barre de fer rouillée. L'étudiante en kinésithérapie a ensuite été jetée hors du véhicule avec son ami, également battu.

Elle est décédée samedi à Singapour, où elle avait été transférée, souffrant d'importantes lésions à l'intestin et au cerveau.

La nature particulièrement ignoble de cette attaque a fait exploser la colère jusque-là contenue en Inde contre les agressions et viols commis en toute impunité dans ce pays.

Demandant à conserver l'anonymat, son petit ami, qui souffre notamment d'une fracture de la jambe, a aussi raconté comment personne n'est venu leur porter secours après qu'ils eurent été jetés de l'autobus, au terme d'un calvaire de près d'une heure.

«Un passant nous a trouvés après l'attaque mais il n'a pas même donné sa veste à mon amie», dont les vêtements avaient été arrachés. «On a attendu que la police vienne nous sauver», a dit cet employé d'une entreprise informatique.

Six personnes, dont un mineur se présentant comme ayant 17 ans et qui a subi des examens osseux pour vérifier son âge, ont été arrêtés peu après l'agression.

Cinq suspects, âgés de 19 à 35 ans et qui encourent la peine de mort s'ils sont jugés coupables par la justice, ont été formellement inculpés jeudi par la police d'enlèvement, viol et meurtre.

«Je n'avais pas confiance en montant dans le bus mais mon amie était en retard, alors on est montés. Ce fut ma plus grosse erreur et après ça, tout a dérapé».

Le chauffeur a commencé à faire des remarques obscènes et ses comparses se sont joints à lui pour railler le couple. Il a raconté avoir ensuite demandé au chauffeur d'arrêter l'autobus mais ses complices avaient verrouillé les deux portes.

«Ils m'ont battu avec un court bâton et ont traîné mon amie jusqu'à un siège près de la cabine du chauffeur».

Après cela, «le chauffeur et les autres hommes ont violé mon amie et l'ont battue de la pire façon sur les parties les plus intimes de son corps».

«Je ne peux pas vous dire ce que je ressens lorsque j'y pense. Je tremble de douleur».

Selon lui, la police venue leur porter secours a emmené son amie dans un hôpital public, mais les forces de l'ordre n'ont pas bien pris en compte ses propres blessures ni son traumatisme psychologique.

«J'ai été traité comme un objet par la police (...). Ils voulaient résoudre l'affaire avant même qu'on me donne le bon traitement. Personne n'a été témoin du traumatisme que j'ai subi», dénonce-t-il.

Le jeune homme a aussi déclaré qu'il n'était «pas satisfait du traitement fourni à la victime par les médecins» de l'hôpital Safdarjung, un établissement d'Etat.

«J'ai demandé à la police de la transférer dans un hôpital privé; la propreté, l'hygiène de cet endroit ne semblaient pas satisfaisantes», a-t-il dit.

«Je ne suis pas médecin, mais je peux dire qu'il y a eu beaucoup de retard. Elle et moi n'avons pas été soignés à temps», a affirmé le jeune homme.

Son amie est morte le 29 décembre dans un hôpital de Singapour après avoir lutté treize jours pour survivre aux terribles blessures qui lui avaient été infligées.

Avant d'être transférée à Singapour, elle avait subi trois opérations et avait eu un arrêt cardiaque en Inde.

Deux médecins d'un hôpital privé indien réputé, qui faisaient partie de l'équipe qui a surveillé l'évolution de l'état de la jeune femme avant son départ pour Singapour, ont nié que l'hôpital public ait manqué à ses obligations.

«Où que ce soit dans le monde, le pronostic n'aurait pas été très bon dès le départ», a souligné Yatin Mehta, spécialiste des états critiques à l'hôpital Medanta. «Les médecins de (l'hôpital) Safdarjung ont fait un travail très louable», a-t-il dit. Naresh Trihan, spécialiste de chirurgie cardiaque à Medanta, a été du même avis.


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