Des mesureurs coincés entre l’arbre et l’écorce

Yves Chartrand

SAINT-FÉLICIEN – Il n’y a pas que les abatteurs qui crient à l’exploitation éhontée. Syndicats et mesureurs dénoncent la mainmise des grands industriels sur le mesurage du bois, qui leur donne un contrôle complet sur l’évaluation du volume de bois récolté.

Michel Maltais, de la FTQ, a souligné dans son mémoire devant la commission Coulombe à Saint-Félicien, au Lac Saint-Jean, que les compagnies récoltent plus de bois que ce que leur permet leur contrat d’approvisionnement.

«Ceci vient du fait que le contrôle est laissé à l’exploiteur plutôt qu’au ministère des Richesses naturelles, note-t-il. On peut présumer que les mesureurs, même accrédités, se retrouvent en conflit d’intérêts en étant payés par les compagnies et les usines pour mesurer le bois de la collectivité québécoise.»

Les environnementalistes ont eux aussi dénoncé le système de mesurage, qu’ils disent à la solde des compagnies, qui ont tout intérêt à sous-évaluer les volumes de bois récoltés pour payer moins de redevances.

Ce fut là d’ailleurs un des arguments massue du lobby américain pour affirmer que le conflit d’intérêts dans lequel se trouvaient les mesureurs québécois «entraînait un calcul de redevances insuffisant et permettait aux industriels de bénéficier indirectement de subventions illégales».

Système de mesurage tordu

Les mesureurs voient cependant les choses tout autrement. Pris entre l’arbre et l’écorce, ils montrent plutôt du doigt un système de mesurage complètement tordu.

«Le travailleur forestier était rémunéré jadis sur la base du mesurage officiel pratiqué sur les parterres de coupe (dans la forêt), à dit Marc Bellemare, président de l’association des mesureurs. Il était alors en mesure de vérifier la véracité des données qui lui étaient remises chaque jour ou chaque semaine.

«Aujourd’hui, avec l’avènement du mesurage masse/volume, il doit se contenter d’une avance sur son salaire puisqu’il ne connaîtra les volumes qu’il a coupés que quelques semaines plus tard. Il doit donc faire un véritable acte de foi envers le mesureur de l’entreprise où son bois a été livré.»

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui représente les entreprises, tient toutefois mordicus à conserver le contrôle du mesurage afin de contrôler adéquatement «le paiement à nos entrepreneurs», a mentionné à la commission Coulombe Yves Lachapelle, porte-parole.

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