Slaquons la poulie!

L'Erreur boréale - Slaquons la poulie!

Richard Desjardins

Sorti il y a cinq ans, le film L’Erreur boréale n’a rien changé. Au contraire, les compagnies se dépêchent d’aller chercher ce qui reste de forêts avant que l’opinion publique se déchaîne contre elles.

En Abitibi, au Saguenay – Lac Saint-Jean, sur la Côte-Nord, en Gaspésie, on les voit, jour et nuit, ces camions vidant notre réservoir de forêt boréale. C’en est gênant. Des camions de billots de plus en plus petits.

Il suffit de regarder une carte des chemins forestiers du Québec pour se rendre compte qu’il reste très peu d’endroits qui n’ont pas été visités par des machines abatteuses. En fait, il reste 15% de forêts naturelles. Et toutes les compagnies bûchent dans ce 15%. Quand elles en auront fini, dans sept ou huit ans, elles iront couper les petites couettes oubliées au passage, et puis plus rien.

Le bois est de plus en plus loin au nord, de plus en plus dispersé, de plus en plus petit, ce qui fait qu’il en coûte plus cher à aller chercher.

Dans les années à venir, il suffira d’un seul facteur externe, une hausse du prix du pétrole, une baisse du prix du bois, pour que la foresterie s’effondre. Il ne faut pas oublier que ce sont 250 villes et villages du Québec qui dépendent de la forêt.

Slaquons la poulie!

Un dollar l’arbre

On entend souvent: «Oui mais on plante des arbres!» Bullshit! Les plantations ont commencé il y a une vingtaine d’années. C’est peu, vingt ans dans la vie d’un arbre qui vit 200 ans. Nous en sommes encore à l’état expérimental. Mais on sait déjà que les plantations ne donnent pas les résultats escomptés.

Ça pousse moins vite que prévu, ça meurt avant la maturité. Et ça coûte cher. Mais cela, les compagnies s’en foutent, ce sont nous qui payons. Les compagnies paient à peu près 450 millions $ en droits de coupe par année au gouvernement.

Un dollar l’arbre en moyenne.

Le gouvernement leur retourne 150 millions $ pour exécuter des travaux sylvicoles bidon.

Quand on aura abattu les dernières forêts naturelles, les plantations ne seront pas au rendez-vous. D’ailleurs, le ministère des Ressources naturelles ne va même plus voir sur le terrain.

Pour le cash

Mais vous direz: «Quel intérêt les compagnies ont-elles à piller la ressource qui les fait vivre?» En réalité, ce n’est pas ainsi que la question se pose. L’intérêt de garder la ressource abondante est un intérêt à long terme.

Les industries fonctionnent tout d’abord à court terme. Jusqu’au prochain rapport aux actionnaires. Et il y en a quatre par année.

Et chacun de ces rapports doit «livrer la marchandise», c’est-à-dire «le cash». La forêt? Les compagnies de papier – excusez l’expression –, elles s’en torchent.

Quant aux politiciens, ils sont là pour quatre ans. Ils tremblent à l’idée de devoir dire la vérité sur l’état de notre forêt à leurs électeurs et d’avoir à leur expliquer comment il se fait que notre ressource, qu’on disait inépuisable, ne sert plus qu’à fabriquer des «trous d’piks embouvetés».

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