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L'échangisme explose à Montréal

La croisière s’amuse

Alexandre Robillard - Journal de Montréal
10/09/2003 09h02 

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La croisière du bateau rempli de couples échangistes a commencé sur l’air de la chanson The Love Boat.

Il fait chaud et collant, ce soir-là, sur la rivière Richelieu. Environ 85 personnes sont dispersées sur les trois ponts du bateau, qui baigne dans la musique.

Certains couples ont l’air de se connaître et se parlent. D’autres, qui restent un peu en retrait pour observer, semblent effectuer leur voyage inaugural.

Après avoir quitté le quai à 21 h 30, le bateau est revenu à quai une heure plus tard pour laisser descendre ceux qui ne se seraient pas sentis prêts pour la suite.

Personne ne descend lors de notre escale. Elle sert plutôt à faire monter les retardataires qui ont manqué le premier départ.

«C’est très rare que les gens descendent», affirme Jean Hamel, président de l’Association des échangistes de Québec et organisateur, depuis 1999, de ces croisières baptisées Montreal Sexy Boat.

Léger buffet

Une fois entre gens avertis, un léger buffet est servi par un jeune homme et une jeune femme, employés bénévoles sur la croisière. La musique continue et l’ambiance est à la fête.

Alors que certains passagers se tiennent debout avec leur assiette à la main, un homme et une femme nus surgissent du pont supérieur. Ils s’installent à côté des tables, derrière un mince rideau, et commencent à se caresser.

Dans la partie avant du bateau, le service au bar est ralenti par la barmaid qui trinque à coups de shooter avec une cliente.

Plusieurs passagers ont laissé tomber leurs vêtements. Certains dansent, se caressent ou s’embrassent. D’autres vont plus loin dans les coins, dont deux ou trois hommes qui partagent la même femme. Un couple fait l’amour en regardant les autres s’ébattre.

Assis à de longues tables loin de l’action, une vingtaine de personnes discutent entre elles, encore habillées.

«Tu vois, ceux-là, ils ne sont pas prêts», m’explique, flambant nu, Jacques (nom d’emprunt), en pointant vers ce groupe.

Un couple sur dix

Avec sa femme, Nicole (nom d’emprunt), il fréquente les clubs échangistes depuis trois ans, à raison d’une fois par mois environ. «Seulement un couple sur dix se rend jusqu’à l’échange total», estime-t-il.

Nicole, les seins nus, vient s’asseoir avec nous. Jacques raconte que malgré la variété des partenaires, le désir n’est pas toujours au rendez-vous dans les soirées échangistes.

«Il y a beaucoup de gens qui «échangent» sans avoir de plaisir», remarque-t-il.

Selon Nicole, certains pratiquent l’échangisme trop souvent. «Ils sont désabusés», dit-elle, avant de repartir.

Près du bar, la soirée continue de battre son plein. Trois couples font l’amour. Les deux employés bénévoles de tout à l’heure sont en train de se rhabiller.

Puis, Jacques vient me voir et me conseille d’aller faire un tour sur le pont supérieur du bateau.

Après avoir escaladé l’escalier, je découvre la grande scène finale. Une dizaine de personnes sont entremêlées au grand vent sur des matelas.

J’aperçois le capitaine du bateau dans sa cabine, qui leur tourne le dos. De puissants faisceaux lumineux balaient le bateau, utilisés par des voyeurs installés sur la rive.

La croisière s’amuse, constatent-ils probablement.

Vers 0 h 30, la croisière tire maintenant à sa fin. Jean Hamel demande à tout le monde de se rhabiller, avant l’arrivée au quai.

«On retourne à la civilisation», dira-t-il pour conclure les ébats.

Quelques minutes plus tard, les passagers à l’intérieur du bateau attendent en file pour descendre par la passerelle.

«On va à L’Orage?», propose un homme à sa femme.

Couple en difficulté s’abstenir

Il n’est pas rare de voir des couples se disputer dans les soirées échangistes.

«Les premières fois sont déterminantes», dit Jacques. Selon lui, les couples doivent décider entre eux jusqu’où ils sont prêts à aller avec d’autres partenaires.

«Des fois les gens se parlent fort dans les coins», ajoute sa femme, Nicole, qui constate que les disputes sont fréquentes.

Elle aide d’ailleurs parfois certains couples à se réconcilier.

«Si ton couple va mal, l’échangisme n’est vraiment pas la bonne solution», explique Michel Delbecchi.

Des gens ordinaires et de plus en plus jeunes

L’âge des couples échangistes présents ce soir-là varie de 30 à 60 ans environ.

Monsieur et madame Tout-le-monde participent à la croisière du Montreal Sexy Boat. Des gens ordinaires, venus en majorité des environs de Montréal, selon l’organisateur de la soirée.

Valérie (nom d’emprunt), 29 ans, et Éric (nom d’emprunt), 30 ans, sont ensemble depuis neuf ans. Ils sont les parents d’une petite fille.

Après avoir eu des aventures chacun de leur côté, ils ont décidé d’arrêter de se mentir. Ils ont pratiqué le triolisme avec une amie, avant de commencer à songer à l’échangisme.

«Nous allons dans les clubs échangistes une à deux fois par mois», dit Valérie.

Couple dans la soixantaine

À bord aussi, un couple dans la soixantaine. Toute la soirée, ils resteront vêtus. «De moi-même, je ne participe pas», affirme la dame, qui dit cependant accepter les caresses.

Son mari est plutôt réservé lui aussi. «Ça lui arrive d’aller caresser des femmes», répond pour lui sa femme.

La moyenne d’âge constatée dans trois soirées échangistes semblait osciller autour de quarante-cinq ans. «On voit des gens de plus en plus jeunes», note toutefois Michel Delbecchi, président de l’Union des échangistes du Québec et du Canada (UDECQ).

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