C’est aussi une industrie secrète et très compétitive où des cobayes louent littéralement leur corps avec très peu de recours en cas de problème.
Cobayes bon marché
Pour lever le voile sur cet univers, le Journal a participé à une étude clinique d’une durée de quatre semaines. Au cours des quatre séjours de 36 heures chacun, il a fallu se soumettre à pas moins de 78 prises de sang et endurer les effets secondaires d’un médicament expérimental.
À la fin, on nous a remis un chèque de 1 200 $ en guise de compensation.
«Les compagnies trouvent ici beaucoup de patients prêts à participer et qui sont moins coûteux qu’ailleurs (notamment à cause du taux de change et du coût de la vie)», dit Michel Leblanc, vice-président aux sciences de la vie chez Montréal International.
Ce n’est pas pour rien que cinq des sept plus grandes sociétés de recherches cliniques à contrat du monde ont des bureaux à Montréal. Ces compagnies recrutent des volontaires qu’elles paient plusieurs centaines, voire des milliers de dollars pour tester des médicaments.
«Il y a tellement de projets de recherche disponibles dans le monde. Le Canada est débordé de travail», lance le président d’Anapharm, Marc Lebel.
En dix ans, son entreprise est passée de huit à plus de 600 employés.
Une autre entreprise, Services Pharma MDS, recrute à elle seule plus de 8 000 personnes par année dans ses locaux de l’arrondissement Saint-Laurent. Même si elle a des locaux aux États-Unis et en Europe, c’est à Montréal qu’elle compte le plus de lits avec 224.
C’est l’argument financier qui encourage la plupart des volontaires, en majorité des étudiants, à se lancer dans l’aventure. Souvent mal informés, la plupart des participants ne payent pas d’impôts sur «les compensations», comme a pu le constater le Journal.
On les recrute aussi loin qu’à Trois-Rivières, Sherbrooke, Québec ou Gatineau pour participer à des études à Montréal.
Médicaments génériques
La majorité des médicaments testés proviennent de l’extérieur du pays, dont plus de la moitié des États-Unis. Certains médicaments viennent même d’Australie ou d’Asie.
Un nombre de plus en plus grand de médicaments génériques, des copies de ceux déjà sur le marché, sont également en développement.
«Au Canada, il est possible de faire des études sur des génériques avant même la fin d’un brevet. C’est un avantage indéniable», conclut Michel Leblanc.
Consentement éclairé ou pacte avec le diable?
À peine dix minutes. C’est tout le temps qu’on donne pour lire le formulaire de consentement qui nous renseigne sur le médicament qu’on va tester, selon ce qu’a pu constater le Journal.
«Vous courez des risques en signant ça», dit l’avocat Jean-Pierre Ménard, qui a analysé le document de neuf pages à la demande du Journal.
Selon lui, on devrait laisser davantage de temps aux participants avant qu’ils y mettent leur signature.
40 ou 80 milligrammes?
«Pour qu’un consentement soit libre et éclairé, on doit laisser le temps, quitte à ce que la personne le garde quelques jours», dit l’avocat spécialisé en droit de la santé.
En lisant le document, Me Ménard a eu la surprise de constater que les effets secondaires ont été notés pour des comprimés de 40 mg de Pravastatine. Or, l’étude à laquelle a participé le représentant du Journal portait sur des comprimés de 80 mg, soit deux fois plus puissants.
«Le point de repère (40 mg) ne correspond pas à ce que vous affrontez durant l’étude. On ne sait pas qu’est-ce que ça fera avec une double dose.»
Il s’inquiète également du fait qu’on ne remet que sur demande une liste détaillée de tous les effets secondaires observés avec ce médicament. «Ça devrait faire partie du formulaire dès le début», dit-il.