Un médecin atteint du VIH à Sainte-Justine

Éric Yvan Lemay - Journal de Montréal

L’Hôpital Sainte-Justine s’est lancé dans une véritable course contre la montre pour retracer 2614 patients opérés par une chirurgienne décédée après avoir contracté le VIH.

Le scandale a créé une véritable onde de choc dans la population et dans les familles concernées, hier. Pendant 13 ans, de 1990 à 2003, la docteure Maria Di Lorenzo a caché sa maladie aux patients et à la direction de l’hôpital. «Nous savons que cette intervention va créer de l’anxiété, mais on préfère que la population soit bien informée», dit la directrice des services professionnels, Dre Lucie Poitras.

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Même à son décès, le 16 août dernier, on n’a pas cru bon d’informer les personnes en autorité. Des médecins qui étaient au courant depuis 1991 avaient, dans un «rapport», écrit qu’il fallait à tout prix éviter d’en parler à la direction pour garantir l’anonymat et le droit à la vie privée de la chirurgienne. La direction s’est faite très discrète, hier, concernant le contenu de ce fameux document.

Un médecin a finalement dénoncé la situation le 9 janvier dernier. Un véritable branle-bas de combat s’est ensuite organisé pour savoir quels étaient les risques de transmission.

Opération coûteuse

Depuis jeudi, des milliers de lettres enregistrées ont été envoyées à ses anciens patients pour qu’ils passent un test de dépistage du sida.

L’opération, une première de cette ampleur au Québec, coûtera plusieurs dizaines de milliers de dollars. À eux seuls, les tests de dépistage devraient coûter plus de 25 000 $.

La Régie de l’assurance-maladie a également été mise à contribution pour retracer les centaines de patients qui ont déménagé depuis leur opération.

Les appels se sont mis à pleuvoir à l’hôpital, à tel point que les lignes téléphoniques ont flanché en matinée. À 15 h, 1400 appels avaient été enregistrés par les 20 personnes chargées des appels.

Des centaines d’appels

La demande était telle qu’ils ont dû travailler toute la nuit. Malgré tout, il était pratiquement impossible de joindre quelqu’un. Le Journal a tenté en vain pendant plus de deux heures de parler à quelqu’un, hier soir.

Mais tout ce brouhaha aurait probablement pu être évité si la direction avait été informée plus tôt. Ce qui inquiète surtout, c’est qu’on ne retrouve aucun document sur sa pratique entre 1996 et son départ de l’hôpital en juin dernier.

Malgré tout, on se fait rassurant en rappelant que seulement deux cas de transmission du VIH du médecin aux patients ont été recensés dans le monde. «Le risque est presque nul, mais il n’est pas à zéro», dit le docteur Lucie Poitras.

Pour le directeur de la santé publique, le Dr Richard Lessard, il faut apprendre de cette crise pour éviter qu’elle ne se reproduise. «Dans une situation identique, il ne faudrait pas avoir besoin de faire un retraçage aussi large», conclut-il.


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