(2 de 2)Le dévouement a ses revers

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Denis Lalonde - InfiniT.com

Dernière mise à jour: 17-01-2001 | 12h56

L'ex-joueuse vedette de l'équipe canadienne de hockey féminin, France St-Louis, est à la fois copropriétaire et joueuse du Wingstar de Montréal, une équipe de la Ligue nationale de hockey féminin, en plus d'être la présidente du hockey féminin à Hockey Québec. Cela fait d'elle une cible facile pour ses détracteurs.

La direction du Mistral de Laval estime que France St-Louis aurait usé de son influence auprès de Hockey Québec pour que les hockeyeuses universitaires puissent intégrer les rangs de la LNHF à titre de joueuses de remplacement. L'an dernier, aucune équipe de la LNHF n'avait le droit de recruter de joueuses universitaires, puisque les deux catégories étaient considérées senior AAA. Les joueuses qui évoluent dans la même catégorie ne peuvent jouer pour plus d'une équipe.

L'été dernier, le comité du hockey féminin à Hockey Québec, présidé par France St-Louis, a convenu de classer la catégorie universitaire comme senior AA, pour que les hockeyeuses de ce niveau puissent agir comme joueuses de remplacement dans la LNHF.

Le copropriétaire des Panthères de Sainte-Julie, André Savard, soutient que France St-Louis est dans une position qui place les organisations de Sainte-Julie et de Laval dans des situations très inconfortables: «Les hockeyeuses des universités et des cégeps peuvent venir jouer à titre de joueuses affiliées pour nos équipes. Comme France St-Louis travaille à Hockey Québec, elle a accès à tous les dossiers et à tous les numéros de téléphone. Cette situation ne devrait pas exister.»

Le président du Mistral, Michel Dyotte, condamne pour sa part le manque de communication entre Hockey Québec et son organisation: «Nous avons appris que nous pouvions recruter des joueuses universitaires quatre mois après l'adoption du règlement et je n'ai jamais reçu le procès-verbal de la réunion où ce règlement a été adopté. Il y a un problème quelque part.»

Le copropriétaire du Wingstar, Robert Vegiard, affirme que France St-Louis est intègre à plus de 100% et que son travail à Hockey Québec consiste à s'assurer que le hockey féminin se développe au maximum au niveau mineur: «Elle n'est pas seule à prendre les décisions. Il y a plein de gens autour d'elle. Ce sont des accusations mesquines. Lorsque les décisions se prennent, Laval est au courant, au même titre que France, de tout ce qui se passe à Hockey Québec. Probablement que la haute direction ne lit pas ses documents.»

L'entraîneur-chef du Wingstar, Julie Healy, se porte à la défense de sa patronne: «Toutes les joueuses qui quittent les rangs collégiaux et universitaires sont invitées aux camps d'entraînement des trois équipes québécoises. La décision de se joindre à une équipe où à une autre revient donc aux hockeyeuses. Si elles choisissent le Wingstar, c'est parce qu'elles considèrent que c'est l'équipe qui répond le mieux à leurs besoins. Je suis un peu frustrée que les autres équipes se plaignent de nous. La décision finale revient aux joueuses.» Robert Vegiard abonde dans le même sens: «Notre organisation a démarré bien simplement, nous sommes allés chercher la meilleure entraîneur disponible selon nous: Julie Healy. Tout est parti de là: des entraînements sérieux, solides et bien faits. Nous n'avons pas besoin d'aller chercher des joueuses, ce sont elles qui viennent frapper à notre porte. Je pense que cette histoire est une grosse tempête dans un verre d'eau.»

Pour le directeur général de Hockey Québec, Guy Blondeau, le fait que France St-Louis soit copropriétaire du Wingstar de Montréal et présidente du hockey féminin au Québec ne pose aucun problème: «Nous étions au courant que France était copropriétaire du Wingstar lorsque nous l'avons nommée présidente du hockey féminin. Je pense qu'elle a la capacité de discerner les problèmes et les situations pour ne pas se placer en conflit d'intérêts. Le hockey serait fou de se passer d'une personne avec ses connaissances, comme hockeyeuse, comme administratrice et comme ambassadrice, qui désire rester dans le monde du hockey.»

Guy Blondeau poursuit en affirmant que Hockey Québec n'a pas l'intention de demander à France St-Louis d'abandonner l'une de ses deux fonctions. Il ajoute que toutes les équipes de la LNHF peuvent recruter des joueuses universitaires: «Peut-être que les joueuses avaient plus d'affinités avec une éducatrice physique comme France St-Louis et avec le Wingstar qu'avec les autres équipes.»

Michel Dyotte, croit aussi que France St-Louis peut cumuler les deux fonctions: «Je ne pense pas qu'elle doive quitter une place ou l'autre si elle est capable de travailler sans qu'il y ait de conflit d'intérêts. C'est difficile de trouver des bénévoles, comme elle à Hockey Québec.» De son côté, le co-propriétaire des Panthères estime que pour le bien du hockey féminin, France St-Louis devrait quitter l'une de ses deux fonctions.

Selon Élise Grenier, coordonnatrice à Hockey Québec, France St-Louis ne peut décider à elle seule de modifier les règles du hockey féminin au Québec: «Chaque décision du comité provincial du hockey féminin doit être entériné par la Commission des programmes techniques et par le Conseil d'administration de Hockey Québec, ce qui élimine la possibilité de conflit d'intérêts.»

De son côté, France St-Louis dit travailler pour donner un bon encadrement aux joueuses: «La décision de signer des joueuses universitaires uniquement comme remplaçantes a été prise cet été. Il y a des personnes qui semblent toujours être désemparées et frustrées de la situation à chaque fois qu'une décision est prise. En tant que présidente du hockey féminin, je peux dire que la philosophie à Hockey Québec est de laisser les joueuses passer à travers le système scolaire. Je serais très mal placée de briser ce processus en permettant aux universitaires de jouer dans la LNHF en permanence, ce ne serait pas logique. Après l'université, les joueuses se retrouveront dans la Ligue nationale et pourront s'aligner avec n'importe quelle équipe.»

Robert Vegiard ajoute que ce n'est pas France St-Louis qui a voulu se joindre à Hockey Québec mais qu'on le lui a demandé: «Si vous saviez toutes les heures qu'elle consacre bénévolement pour le hockey féminin… Je ne crois pas que ce soit la présence de France St-Louis à Hockey Québec qui empêche les équipes de gagner ou de perdre dans leur structure actuelle.»


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