Chroniques

La chronique de Marco Fortier

La carte cachée de Mario Dumont

Marco Fortier
Journal de Montréal
19/11/2008 07h56
La chronique de Marco Fortier - La carte cachée de Mario Dumont


Marie-Claude Barrette arrive toute seule, comme une grande, sans attaché de presse, au café du Plateau Mont-Royal où nous avons rendez-vous.

Vous ne connaissez peut-être pas Marie-Claude Barrette, mais vous la verrez partout durant les trois prochaines semaines : «l'amoureuse» de Mario Dumont a décidé de sortir de l'ombre pour donner un coup de main à la campagne de l'ADQ.

Le couple a confié ses trois enfants aux parents de Marie-Claude, venus s'installer pour 33 jours dans la maison ancestrale des Dumont, dans le Petit Rang 2 à Cacouna. L'appel du front était irrésistible.

Comme son mari, Marie-Claude Barrette plonge sans filet. Normalement, la femme du chef de l'opposition officielle serait entourée d'une armée de conseillers pour affronter un journaliste. Pas elle. La voici attablée devant moi, prête à répondre à toutes les questions sans réciter une cassette de politicienne. Et sans chaperon du parti pour parler à sa place. J'aime ce petit côté délinquant de l'ADQ.

«J'ai dit à Mario : si t'as besoin d'aide, ça me tente de m'exprimer. Après toutes ces années, j'ai la légitimité pour le faire.

«Je me suis longtemps demandé ce qu'était mon rôle en tant que femme d'un chef. Je ne suis pas la conjointe idéale, parce que je suis impliquée dans le parti. Je ne pourrais pas me contenter d'accompagner Mario dans son autobus. Je ne tiendrais pas en place !» dit-elle en commandant un café régulier, deux laits sans sucre.

BRASSER LA CAGE

Pas la conjointe idéale ? Au contraire, Marie-Claude Barrette est le meilleur atout de Mario Dumont. D'abord, elle parle de son chum comme s'ils s'étaient connus la veille : avec émotion. Ces deux-là ont l'air de s'aimer. Un exploit dans la jungle des divorces et du cynisme qu'est devenue la politique.

À tout juste 40 ans (bientôt), membre fondatrice de l'ADQ, elle incarne en plus l'expérience dans un parti jeune qui traîne l'image d'une garderie. Mieux encore, Marie-Claude Barrette est sympathique, allumée et énergique. Elle a tellement de coeur au ventre, la flamme brûle si fort, qu'elle met le feu partout où elle passe.

Mario Dumont hésite à retourner à Tout le monde en parle après sa visite désastreuse du printemps 2007 : il devrait envoyer sa femme, elle a ce qu'il faut pour faire face au pape Guy A. Ier et son cardinal Turcotte.

En tout cas, Mme Barrette a fait un malheur au café Le Placard, avenue du Mont-Royal, où on s'est rencontrés hier matin. C'est le genre de place fréquentée par des intellos du Plateau qu'on imagine difficilement dans le public cible de l'ADQ.

Les clients et les serveurs écoutaient discrètement l'entrevue. À la fin, ils ont quasiment applaudi. «Elle sait de quoi elle parle. Elle est convaincante», m'a dit la serveuse. «Je la trouve meilleure que Mario», a ajouté une cliente.

LE TOUT POUR LE TOUT

Ce n'est pas un hasard si Marie-Claude Barrette saute dans l'arène à ce moment précis. Elle et son chum savent très bien que les trois prochaines semaines seront déterminantes pour l'avenir de l'ADQ.

«Mario joue le tout pour le tout», confie-t-elle. Au début de la campagne, Dumont a décidé de mettre ses tripes sur la table. Il livre tous ses discours par coeur, sans notes écrites. Il se fie plus que jamais à son instinct, quitte à ce que ça lui joue des tours.

Son fameux mea-culpa de dimanche, où il s'est excusé pour les erreurs de l'ADQ, Mario l'a décidé lui-même. Sa femme ignorait ce qu'il allait dire. Elle trouve qu'il est allé trop loin.

«Les autres chefs ne s'excusent jamais pour leurs erreurs, pas mal plus graves que celles de l'ADQ. Pauline Marois aurait dû s'excuser pour la mise à pied des milliers de médecins et d'infirmières par le PQ, mais elle ne l'a pas fait.»

La femme de Mario ne cache pas que les adéquistes, incluant le chef, restent profondément insultés par les caricatures décrivant le parti comme une pré-maternelle.

Dumont a été secoué par les attaques très dures de Jean Charest : «Indigne d'un homme d'État, bas, cheap», s'indigne Marie-Claude Barrette.

Ne lui demandez pas ce que fera Mario Dumont en cas d'échec. Elle est tannée de répondre à ça.

Elle sait par contre ce qu'elle, son chum et leur équipe vont faire d'ici au 8 décembre: donner tout ce qu'ils ont dans le ventre.

Marie-Claude Barrette remet son manteau d'hiver, me serre la main et remonte dans la voiture où l'attend son chauffeur de la SQ. Direction : Québec.

 
Actualités
[an error occurred while processing this directive]