QUÉBEC – Le départ définitif de Claude Béchard du gouvernement est un autre dur coup pour Jean Charest.
Le fougueux ministre était d’abord un ami personnel de M. Charest. Les deux hommes avaient développé une grande complicité, nourrie par des affinités quant au flair politique et le même goût pour les bagarres partisanes.
M. Béchard a aussi été un rassembleur et un motivateur tout au long de sa carrière politique. Sa combativité et sa jovialité inspiraient ses collègues de l’aile parlementaire. La présence d’un Claude Béchard en santé et en pleine possession de ses moyens aurait été très précieuse pour l’équipe libérale dans la période très difficile que traverse le gouvernement Charest.
Son court retour à l’Assemblée nationale, en juin, a eu un effet thérapeutique sur tous ses collègues. Ceux-ci l’ont interprété comme un message qu’il leur transmettait de ne pas lancer la serviette, de continuer de se battre, en donnant leur 110 %. Nous avons compris par la suite, à travers des entrevues qu’il a données, que Claude Béchard s’était alors fait un cadeau personnel en revenant au salon bleu.
La politique était la grande passion de sa vie. Son travail lui procurait les plus hautes jouissances. Sachant que le cancer qu’il portait pouvait provoquer une mort très expéditive, M. Béchard s’est offert une brève rentrée à l’Assemblée nationale en juin; tout comme il s’est offert des randonnées en moto ou des activités particulières avec ses enfants.
Un homme changé
La maladie l’avait transformé. Ses propos livrés aux médias cet été sur le sens de la vie, l’importance de se rabattre sur ses valeurs de base et de mettre les priorités à la bonne place, dégageaient une grande sagesse. L’homme a mené une profonde réflexion philosophique au cours de son long congé de maladie, à la lumière des froides explications fournies par ses médecins sur les cruelles particularités de son cancer.
Sur ce dernier plan également, Claude Béchard a impressionné tous les Québécois et il a sûrement provoqué des remises en question chez plusieurs. Il les a ainsi servis, mais d’une autre façon que par les coups de gueule qui le caractérisaient dans le passé. Pour cette raison, lors des préparatifs du dernier remaniement, je lui avais décerné le titre de ministre du Courage.
Ministre pompier
Claude Béchard ne laisse pas un bilan législatif très impressionnant. Il a changé de ministère à tous les ans ou presque. Il était plutôt un ministre tantôt pompier, tantôt pyromane, sur qui Jean Charest se reposait pour éteindre un feu, ou parfois en allumer un…
Nous nous souviendrons surtout de lui, jeune député, pour ses charges débridées contre le Parti québécois; comme ministre, pour ses répliques cinglantes à la période des questions; l’affrontement qu’il a voulu déclencher avec les pétrolières; ses coups de semonce dirigés vers Ottawa…
Dans tous les partis, les militants adorent leurs députés et ministres qui pratiquent ce style politique. Certains ont donc rapidement vu en Claude Béchard un prochain chef et un futur premier ministre. C’est le plus grand hommage que des partisans peuvent rendre à l’un des leurs.
Il faudra plutôt que les militants libéraux de Kamouraska-Témiscouata fassent preuve de la même combativité que leur regretté député pour que Jean Charest conserve ce siège à l’Assemblée nationale lors des partielles à venir, dans le contexte actuel. Les libéraux demandaient beaucoup trop à la cour des miracles.